MAI 72 : Les leçons d’un passé révolu
Les événements de mai 72 furent commémorés le 13 de ce mois de mai 2000. Quel souvenir reste t-il dans nos mémoires ? Les sociologues, les historiens, les politiciens et autres spécialistes se sont penchés sur la question depuis deux décennies et nous n’allons pas revenir la dessus. Cette chronique va essayer de tirer les leçons du passé avec un survol des grandes étapes de ces 28 dernières années. Essayons d’analyser d’un œil critique et sans complaisance et les effets de ces événements.
Une revendication légitime
Si les revendications de l’époque étaient considérées comme légitimes et se positionnaient dans le domaine d’une plus grande recherche d’une identité culturelle et d’une maîtrise de l’économie par les malgaches. Notons au passage que l’économie malgache n’était pas si mal en point mais les nationaux voulaient commander les leviers au lieu et place des coopérants techniques dans l’administration et des opérateurs économiques et cadres français dans le privé. Curieuses coïncidences, quatre ans après le mai ‘68 en France où les jeunes voulaient protester contre la société de consommation, les malgaches voulaient s’émanciper de la tutelle néo-coloniale et démontrer à la face du monde qu ils étaient capables de prendre en mains la destin& de la Nation. Ce désir légitime avait eu un écho favorable dans l’opinion publique qui avait suivi en masse le mouvement populaire. Le gouvernement de transition du général Ramanantsoa dans laquelle figuraient la plupart des dirigeants actuels étaient miné dès le départ par l’antagonisme entre civils et militaires entre côtiers et hauts plateaux entre jeunes et vieux. Les élites malgaches occupèrent les places vacantes laissées par les expatriés avec tous les avantages offerts aux titulaires de ces postes de responsabilités malheureusement, la plupart oublièrent leur mission qui consistait à servir le peuple d’abord et non se servir tout de suite. Les néolonialistes partirent mais ils nous léguèrent l’héritage de la division, nos dirigeants prirent le relais et les dépassèrent de loin dans ce domaine. L’élan populaire de ‘72 se termina en queue de poisson avec la mort Colonel Ratsimandrava.
Une révolution inutile
Après cette intermède de la transition caractérisée par un faux départ et une révolution des œillets des intellectuels et militaires bourrés de complexes, la révolution socialiste proposée par le jeune Capitaine frégate Didier Ratsiraka a tous les espoirs d’accéder à un monde meilleur pour la majorité de la population. Le concept d’une meilleure répartition des richesses et d’une juste rétribution des efforts de chacun contenu dans la charte de la révolution socialiste. Lc répertoire jouait aussi sur la corde sensible nationaliste et la souveraineté nationale non négociable. La nationalisation des grandes sociétés étrangères de commerce et d’industrie, et du secteur financier (banque et assurance) , la malgachisation de l’enseignement, le service nationale hors forces armées des nouveaux bacheliers, la sortie de la zone franc furent les mesures les plus populaires prises par les dirigeants révolutionnaires. Les résultats de cette confiscation des biens des étrangers ne profitèrent qu’à une classe de privilégiés qui s’enrichirent à grande vitesse pendant que la plus grande pénurie de toute l’histoire de Madagascar depuis l’indépendance. La nomenclatura révolutionnaire qui sous prétexte de socialisme révolutionnaire saigna à blanc l’économie tout en promettant un paradis socialiste qui comme tous les paradis n’existent pas ici bas du moins pour le petit peuple mais pas pour les barons du régime. La révolution culturelle sacrifia une génération de jeunes qui au lieu d’être libérés de l’acculturation française furent victimes de déculturation sauvage. Vers le début des années 90, las de seize a nées de révolution démagogique, un sursaut de nationalisme populaire mit fin à la seconde république.
La Troisième République est mal partie
Curieusement, la troisième République réédita l’histoire avec l’analogie de deux période (72-75 /75-91) avec (91-96/96-ce jour), les mêmes causes produisirent les mêmes effets dans des conditions différentes. Durant la première partie de la troisième République, le pays fut dirigé par les leaders des forces vives. Le dirigeants de l’époque réitèrent les erreurs de ‘72 sauf que les prédécesseurs ne sont pas des Vazaha mais la nomenklatura révolutionnaire. Ils se contentèrent de remplacer les places vacantes surtout en termes de jouissance des avantages de toutes natures et multiplièrent les postes de prestige pour caser le maximum d’acolytes. Décidément, l’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement, les promesses tenues sur la place du 13 mai ne furent que des mots vains, les réalisations se firent attendre. La guerre de leadership entre le Président et le Premier Ministre, la chambre introuvable au sein de l’assemblée nationale et la piètre performance économique finirent par provoquer l’implosion du système.
La deuxième partie de la troisième République avec le retour de Didier Ratsiraka au pouvoir ressembla étrangement la deuxième République sauf que la révolution fut remplacée libéralisation, la nationalisation par privatisation et le socialisme par ajustement structurel. La gestion des départements ministériels ne fit que s’adapter au nouveau vocabulaire de la mondialisation mais la méthode de gestion révolutionnaire de la deuxième République revint au galop (CNaPS, Croix Rouge, MSF,...). L’AREMA reprit le pouvoir avec les mêmes têtes (Tsaranazy, Andrianarivo, Rajaonarivelo et les autres) et certaines élites de la deuxième génération (jeunes cadres AREMA) contestèrent le mode de gestion de ses aînés. Le verrouillage des médias publics,. le culte de personnalité, le flou juridique sur le droit des affaires (cas BNI-CL contre Rakoto Jean Paul), sont parmi les paramètres constants qui caractérisent ce régime. Après avoir arboré un profil bas durant la traversée du désert, le parti majoritaire recouvra petit à petit sa suprématie et l’on craint le retour progressif d’une dictature molle mais ferme.
L’approche analogique de l’histoire depuis ‘72 fait ressortir un cycle à deux phases : une première phase qui se distingue par un désir de changement après une longue période de stabilité suivie par une prise de pouvoir par les leaders d’une lutte de libération (transition après ‘72, première période de la troisième République). Cette première partie se termina toujours par un fiasco total à cause d’un mauvais management du processus de mutation. La deuxième phase est parfois une récupération de la déception populaire issue du stade précédent en avançant une nouvelle proposition mystificatrice (révolution socialiste, le nouvel espoir d’une république humaniste et écologique). Curieuse coïncidence ou ironie de l’histoire, les acteurs de la deuxième partie sont toujours les mêmes par la vertu de l’alternance: Ratsiraka et consorts. Si le premier cycle a duré presque vingt ans (72-91), le deuxième enclenche aujourd’hui sa huitième année (1992-2000) et l’avenir nous dira si l’on doit encore attendre douze ans avant de voir se pointer le prochain cycle. En tout cas, un constat amer s’impose: 28 années après ‘72, même si l’économie malgache connaît une légère embellie, la pauvreté ne cesse de gagner du terrain. Le gouvernement se trouve obligé de faire face à deux fronts opposés:
la réduction de la pauvreté et l’amplification de la croissance
Chronique de RABOARY – LAKROA 28/05/2000