Événements de 2002 : La justice cible deux Fianarois
 
Le maire de Fianarantsoa, Pety Rakotoniaina, et le général Andrianafidisoa, candidat déclaré à la présidentielle, risquent d’être rattrapés par les événements de 2002. Selon le ministre de la Sécurité publique, une enquête sera ouverte à propos de la mort du général Andrianaivo et des élèves sous-officiers en 2002. Les deux hommes avaient tenu des responsabilités à l’époque.
 
Pety Rakotoniaina et le général Andrianafidisoa sont dans l’œil du cyclone.
Les événements de 2002 reviennent en boomerang à Fianarantsoa. Les héros d’hier, lors de la prise d’Andohanatady, conduisant à "l’évolution de la situation sur le terrain", risquent de répondre de leurs actes.

La boîte de Pandore vient d’être ouverte. Les autorités policières annoncent le début d’une enquête relative aux événements de 2002, à Fianarantsoa. Cette fois-ci, ce sont, entre autres, deux éléments du camp Ravalomanana de l’époque, aujourd’hui en froid avec le régime, qui risquent gros.
"Nous allons ouvrir une enquête liée aux événements de 2002 à Fianarantsoa", révèle Lucien Victor Razakanirina, secrétaire d’Etat chargé de la Sécurité publique, à son bureau samedi. "Il existe des plaintes, entre autres, relatives au guet-apens tendu contre des éléments de l’Ecole nationale des sous-officiers d’Antsirabe (Ensoa) à Ampopoka. Il en est de même de l’assassinat du général Andrianaivo", ajoute le premier responsable de la sécurité, entouré pour l'occasion de ses proches collaborateurs.
"Certaines personnes sont peut-être tentés d’invoquer l’argument d’une enquête contre des adversaires politiques du régime, mais il n’en est rien", anticipe Lucien Victor Razakanirina. "La police ne reculera devant rien pour faire régner l’ordre et la justice", prévient-il.
C’est l’arrestation d’un certain Ralala, le 17 août, pour d’autres affaires, qui déclenche la procédure.
Ce dernier est susceptible d’être concerné par les plaintes déjà évoquées. Car, de fil en aiguille, l’enquête autour de l’ex-militaire risque de conduire à d’autres personnalités,
telles le général Andrianafidisoa et le maire de Fianarantsoa Pety Rakotoniaina.

Candidats potentiels
Ralala fait partie des hommes de confiance de ce dernier, du moins jusqu’à son limogeage en tant que premier président de la délégation spéciale (PDS) de Fianarantsoa. Il a participé d’une manière active à la prise d’Andohanatady, le palais de l’ancien gouverneur Emilson, symbole du gouvernement "légal" de Ratsiraka. Quant au général Andrianafidisoa, il s’est trouvé en personne à la tête des troupes de "pacification" dans la capitale du Betsileo.
Les deux personnalités ne sont pas étrangères,
tout au moins, à l’embuscade meurtrière tendue contre des éléments de l’Ensoa à Ampopoka. Ces derniers ont été envoyés par l’équipe de l’Amiral Ratsiraka afin de renforcer la défense d’Andohanatady, assailli par les partisans du camp de Marc Ravalomanana.
La remarque de Lucien Victor Razakanirina n’est pas innocente. Pety Rakotoniaina et le général Andrianafidisoa, hier partisans du chef de l'Etat, sont, tous les deux, en froid avec le régime. L’officier général a même déjà annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Et il n’est pas non plus exclu que Pety Rakotoniaina, président de l’Association Tambatra, s’apprête à lui emboîter le pas pour défier le régime.

Boucs émissaires
L’annonce du
Pety Rakotoniaina risque d’avoir des appels de la Justice sur son portable.
secrétaire d’Etat chargé de la Sécurité publique ne laisse pas insensible la classe politique. "L'identité des
auteurs des attaques à Fianarantsoa, pour faire triompher le candidat Ravalomanana, n'est un secret pour personne", rétorque Manandafy Rakotonirina, président du parti Mitolona ho an'ny fampandrosoana an’i Madagasikara (MFM), mentor de Pety Rakotoniaina.
"A ce rythme-là, le gouvernement devra également enquêter sur les événements d’Ambilomagodro, à Antsiranana où les éléments de l’Amiral Ratsiraka et ceux du camp d’en face se sont affrontés, et sur plusieurs autres combats sembables. Cela devrait conduire jusqu’au président Ravalomanana et à son prédécesseur", soutient le conseiller du président de la République. " Mais on verra bien ", continue-t-il, en engageant la responsabilité des deux principaux protagonistes dans la crise post-électorale de 2001.
De son côté, l’opposition se frotte les mains et tente de s’engouffrer dans la brèche pour réclamer l’intervention de la justice sur les actes commis par le camp du candidat Ravalomanana à l’époque. "Si le pouvoir veut vraiment la justice, qu’il pousse à fond son enquête au lieu de chercher des boucs émissaires", souligne Jean André Ndremanjary, dirigeant du parti de l'Avant-garde pour la rénovation de Madagascar, qui n’en demande pas tant.
"Le gouvernement ne doit pas se contenter de mener un semblant d’enquête à des fins électorales, sinon cela ne sert à rien", réclame l’ancien ministre de la Jeunesse et des sports. "Ralala a peut-être des responsabilités dans les événements de 2002 à Fianarantsoa. Mais il faut trouver les intermédiaires et les cerveaux", exige-t-il, faisant allusion au chef de l’Etat et au premier ministre Jacques Sylla.

Embuscade à Ampopoka

Le 12 avril 2002, des éléments de l'Ecole nationale des sous-officiers d'Antsirabe (Ensoa) ont été envoyés en "mission" à Fianarantsoa. L'objectif de l'opération est de renforcer la défense du Palais d'Andohanatady, symbole du pouvoir " légal " du camp de l'Amiral Ratsiraka.
Arrivée tôt le matin dans la capitale du Betsileo, la voiture qui les transportait est tombée dans une embuscade tendue par des partisans du candidat Ravalomanana. Ces derniers ont voulu empêcher le renfort d'arriver à bon port. Le bilan de l'affrontement, entre les barrages de Beravina et d'Ampopoka a été très lourd: cinq morts, 18 blessés et deux seuls rescapés.
Quelques jours plus tard, le camp de l'Amiral Ratsiraka a subi un autre coup. Le général Andrianaivo a été assassiné par un commando en cagoule à l'hôpital de Tambohobe. Et ce, après avoir été blessé, à la suite d'un autre
accrochage, né de la confusion entre des militaires pro-Ratsiraka.
Depuis, tout s'est enchaîné très vite. Le palais d'Andohanatady est tombé aux mains de l'équipe de Pety Rakotoniaina, président de la délégation spéciale de Fianarantsoa, nommé par Marc Ravalomanana. Le nouveau PDS a été appuyé par le général Andrianafidisoa et ses troupes.
Le nouveau PDS a été installé en grande pompe par Jean-Seth Rambeloalijaona, alors "ministre de l'Intérieur" du camp Ravalomanana. La "prise de Fianarantsoa", facilite la conquête des autres provinces par l'équipe de Marc Ravalomanana.
 
Express 28-08-2006