LE BIANCO A FIANAR. L’avancée du Tambatra inquiète le sommet de l’Etat. Son président est désormais sous haute surveillance et mis en observation.

Double menace sur Pety Rakotoniaina

L’homme fort de Fianarantsoa et non moins chef de file du mouvement Tambatra se trouve plus que jamais dans le collimateur du pouvoir. D’après des proches du maire de la capitale du vin, Pety Rakotoniaina fait actuellement l’objet de discrètes enquêtes administratives et de surveillance individuelle. Elles seraient menées conjointement par les ministères de tutelle des communes et aussi par le Bianco.

Ce bureau anti-corruption vient en effet d’ouvrir une agence dans cette ville. Les ambiguïtés des propos présidentiels lors de son ouverture laissent par ailleurs présager un avenir semé d’embûches pour le jeune maire. Lequel bénéficie pour l’instant d’un semblant de protection de la part des églises chrétiennes qui voient en lui un homme ouvert au dialogue. Sa volonté de réconcilier par le pardon et la clémence les ennemis d’hier suite aux événements de 2001-2002 y est pour beaucoup. En fait, des informations sont ouvertes concernant la gestion de la commune urbaine de Fianarantsoa et «les sabotages que Pety Rakotoniaina aurait commis contre les sociétés titulaires du marché de rénovation de l’aéroport de la ville situé à Beravina». Une double menace qui pèse donc sur la tête du plus populaire des élus MFM ces dix dernières années. Et probablement de tous les partis confondus. A cela s’ajoutent les questions que se posent certains états-majors concernant l’origine des fonds utilisés par Tambatra pour financer ces tournées de mises en place de sections régionales.

Crime

Au plan politique, Pety Rakotoniaina est réputé pour son habileté à donner du fil à retordre aux pouvoirs. De Ratsiraka à Ravalomanana en passant par Zafy, tous les chefs d’Etats et tous les premiers ministres (à l’exception notable de Norbert Ratsirahonana), ont une dent contre lui, en raison de son caractère bouillonnant et de son talent de franc tireur. En fait, il est passé maître dans l’art de taper là où cela fait le plus de mal. Ainsi, ces derniers temps, il a multiplié les signes de son émancipation et de sa liberté non seulement vis-à-vis du pouvoir mais aussi vis-à-vis de sa propre famille politique. En novembre, il a permis au Crn de tenir son meeting dans sa ville. En janvier, il n’a pas délivré d’autorisation au président de l’Assemblée nationale pour les Journées portes ouvertes de Tsimbazaza à Fianarantsoa. Il a baptisé son association Tambatr’i Magadasikara (en abrégé Tim) pour se rétracter après. Récemment encore, il a repoussé la Golf Type II année 1990 offerte par le chef de l’Etat pour en faire sa voiture de représentation. Pour Pety Rakotoniaina, c’était presque un affront. Pour d’autres, notamment pour les partisans de Marc Ravalomanana, c’était un crime de lèse-président. En tout cas, c’était le vrai début du désamour entre les deux hommes. Aujourd’hui, le pouvoir observe avec beaucoup d’appréhension les faits et gestes du président de Tambatra. Quelques peaux de bananes lui sont lancées pour le faire trébucher tandis que lui-même, lance volontiers des provocations au pouvoir. Dans cette course- poursuite, la première erreur est payée au prix fort.

RCR

Midi Madagascar 11 mars 2006