Situation politique Madagascar
Incomprise de certains mdias internationaux,
des organisations et des puissances trangres

Si l’on se réfère à certaines déclarations faites par des responsables d’organisations internationales, par des médias étrangers ou même par des chancelleries installées à Madagascar, on se rend compte que la crise politique qui prévaut actuellement à Madagascar n’est pas toujours appréhendée de façon cohérente. S’agit-il d’une attitude volontaire ou de simples erreurs d’analyse ? En tous les cas, cela ne fait qu’accroître l’imbroglio qui existe déjà.

Les contradictions de l’OUA

Dans sa déclaration d’hier, le SG de l’OUA note que « la décision prise par le candidat Marc Ravalomanana de se faire investir Président de la République en dehors des procédures prévues par la Constitution va à l’encontre des principes communs contenus dans les décisions et Déclaration d’Alger (1999) et de Lomé (2000) sur les changements anti-constitutionnels de gouvernement ». Et il poursuit en lançant « un appel au candidat Marc Ravalomanana pour qu’il respecte l’accord conclu sous l’égide de l’OUA… ». Il ne s’agit point de faire le procès du SG qui a entrepris des travaux de médiation difficiles et a réussi au moins à faire rencontrer Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana et on ne peut que l’en féliciter. Mais il semble feindre d’ignorer le fait que si Marc Ravalomanana a pris cette position « extrême », c’est que le fameux accord dont il parle…n’a pas été conclu et il en est en parfaite connaissance de cause. Là où le bât blesse est que l’on accuse systématiquement Marc Ravalomanana d’intransigeance. Quand un candidat ose aux yeux de l’opinion internationale défier l’autoritarisme d’un régime en place et prôner la vraie démocratie, l’OUA aurait-elle peur ? Quand on parle de changements anticonstitutionnels de gouvernement, l’OUA a-t-elle réagi lors des nombreux cas qui se sont produits dans de nombreux pays d’Afrique ? Quand le président tunisien Ben Ali a mis en place une constitution le nommant président à vie, quelqu’un a-t-il levé le moindre petit doigt en tout ni l’OUA, ni la France, ancienne puissance colonisatrice ?

Lors de son passage à Madagascar, le SG de l’OUA a déclaré qu’il fallait être pragmatique et ne pas se réfugier derrière un juridisme rigide. Entre-temps, il semble avoir changé d’avis. On a toujours vanté les vertus de pacifisme du peuple malgache et en cela, il n’est pas tout à fait africain. Qu’à Dieu ne plaise que nous arrivent les guerres civiles en ex-Zaïre ou au Libéria et contre lesquelles l’OUA malheureusement ne peut rien !

Le mutisme des chancelleries étrangères

Il est normal que les pays étrangers partenaires de Madagascar s’assurent que leurs interlocuteurs locaux présentent les meilleures garanties possibles, notamment sur la stabilité politique et économique. Dans ce cas, un régime autoritaire et semi-militaire leur conviendrait le mieux alors que d’un autre coté, ils conditionnent leurs aides à la démocratisation de la vie politique. Tous les bailleurs de fonds de Madagascar, qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux, sont au courant de la corruption généralisée qui règne à Madagascar et concernant en particulier leurs aides. Et pourtant, la plupart ferment les yeux et sont donc complices de cette situation qui les arrange d’une manière ou d’une autre.

La France, en tant que premier bailleur de fonds bilatéral de Madagascar et ancienne puissance colonisatrice, devrait être en tête de ligne pour, au moins, participer à la résolution de cette crise. La parodie de la venue de délégation parlementaire francophone n’a pas fait long feu. Et malheureusement, beaucoup savent qu’un des conseillers les plus influents d’Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères, pour ne pas citer son « Monsieur Afrique », est très lié au régime actuel. La France, par ailleurs déjà prise dans les tourments de sa prochaine élection présidentielle, ne peut donc avoir une position neutre car les vraies réalités qui existent à Madagascar sont travesties.

Est-t-il besoin de rappeler ce que sont ces réalités ? C’est principalement la demande, non seulement par une grande majorité de la population mais aussi par le Consortium des Observateurs des Elections, soutenus par ses bailleurs de fonds, et une large frange de la société civile malgache, d’une confrontation et d’une interprétation commune des PV des élections du 16 décembre 2001, compte tenu de la mauvaise organisation de celles-ci. Il ne faut pas donc conclure hâtivement que c’est une exigence du seul KMMR. Le camp de Didier Ratsiraka a toujours refusé cette demande, se réfugiant derrière un juridisme qu’il est le premier à fouler quand cela l’arrange. Beaucoup se demandent d’ailleurs si le camp de Didier Ratsiraka, voire la HCC, possède des PV à confronter.

Les méprises des médias internationaux

Il va sans dire que la venue massive des médias internationaux à Madagascar, à l’appel d’ailleurs de Marc Ravalomanana, est une excellente chose en soi. Elle permet en particulier un recul et en même temps une recherche plus fouillée et plus neutre que n’ont pas forcément leurs correspondants à Madagascar qui peuvent déjà avoir des accointances avec l’une ou l’autre des parties. Mais cela ne les empêche pas de fournir des informations dignes de ce nom. Il ne s’agit pas de jeter la pierre mais quand RFI, hier matin dans sa revue de presse, déclare que Marc Ravalomanana a décidé de s’autoproclamer Président de la République, alors qu’un accord sur le report du second tour a été conclu, on ne peut rester… de marbre. Marc Ravalomanana a effectivement demandé le report du second tour mais dans des conditions bien définies, à savoir l’éclaircissement de la situation actuelle.

Les Malgaches sont en premier lieu responsables de la résolution de la crise politique actuelle mais les étrangers, personnes physiques ou morales, bailleurs, chancelleries, le sont tout autant en raison des intérêts qu’ils détiennent à Madagascar, car on ne peut croire qu’ils sont présents dans notre pays pour les beau yeux d’un tel ou d’un tel. Et ces étrangers, par la pression qu’ils peuvent exercer, s’ils le veulent bien, ont un rôle qu’ils ne doivent pas mésestimer au risque d’être eux aussi responsables devant l’Histoire. Ou attend-on un bain de sang avant de se rendre compte qu’on pouvait jouer ce rôle que l’on attendait de soi ?

Source Midi Madagascar