Arrestation du député Herihajaina

Silence prudent du MFM

Très bavards ces dernières semaines sur le cas de la grève au lycée Raherivelo Ramamonjy de Fianarantsoa ou sur la question de l’amnistie des condamnés de la crise 2002, Pety Rakotoniaina et Manandafy Rakotonirina ont subitement perdu de leur prolixité et fuient les micros. Il est vrai que, depuis la révélation de l’affaire de meurtre et de fausse monnaie d’Amboanjobe dans laquelle est impliqué le député MFM, Herihajaina Randrianirina, la direction du parti est sous l’émotion. Si les deux ténors s’expriment maintenant, ils seraient bien obligés d’évoquer ce dossier qui vient d’envoyer à Tsiafahy le jeune député d’Ikalamavony. Pety Rakotoniaina et Manandafy Rakotonirina semblent donc adopter une attitude prudente, et se gardent de commenter une affaire en cours et dont des pans sont encore dans l’obscurité, même pour les avocats.

Randrianirina Herihajaina est d’ailleurs lâché par le Bureau permanent de l’Assemblée nationale qui s’en remet à la Justice, et le seul secours qu’il a reçu jusqu’ici vient de Voninahitsy Jean-Eugène, député et chef du RPSD Nouveau. Celui-ci a laissé entendre, hier devant la presse, que Randrianirina Herihajaina aurait pu être alléché par la promesse d’escrocs et faux monnayeurs, et s’est rendu « en toute bonne foi » au rendez-vous fatal d’Amboanjobe. Peu accorderont du crédit à cette version, mais il s’agit là du geste émouvant d’un député poursuivi par la Justice en 2000, et qui renvoie l’ascenseur en direction du MFM, parti qui, par le biais du député Pety Rakotoniaina, l’avait alors défendu activement sur la Place du 13 Mai.

Manandafy Rakotonirina semble prendre des précautions car ses propos récents sur l’amnistie et les bailleurs de fonds auraient déplu en haut lieu. Il ne peut se permettre une autre bourde qui pourrait lui coûter définitivement son poste de conseiller spécial à la Présidence de la République. D’ailleurs, partie prenante dans les rouages de l’exécutif en raison de son titre, il pourrait être taxé d’ingérence dans les affaires de la Justice s’il se prononce sur un cas encore en voie d’instruction. La Présidence pourrait alors être accusée, encore une fois, de fouler aux pieds le principe de la séparation des pouvoirs.

Pety Rakotoniaina, lui, fait montre de circonspection, de crainte d’être éclaboussé, voire impliqué. Toute l’affaire ressemble à une prolongation imprévue du match qui a opposé en 2002, l’ex-député d’Ikalamavony et la direction de la Gendarmerie nationale. Depuis la polémique qui a opposé Pety Rakotoniaina et le général de Gendarmerie, Sambiheviny Elson (dans laquelle ils se sont accusés mutuellement de « voleurs de bovidés »), l’actuel maire de Fianarantsoa est dans le collimateur de la Gendarmerie nationale. Cette dernière est actuellement en position de force, si l’on en juge par la tournure du dossier Amboanjobe et par le poste diplomatique attribué récemment au général Sambiheviny Elson. Ne voulant affronter de face une administration qui a repris du poil de la bête et qui peut le broyer, Pety Rakotoniaina fait le mort pour ne pas attirer l’attention.

On ne sait trop ce qu’il en est d’ailleurs. Comme Pety Rakotoniaina et Manandafy Rakotonirina se sont dressés sur leurs ergots ces derniers mois, le régime a peut-être usé de l’affaire d’Amboanjobe pour leur… clouer le bec.

Adelson RAZAFY

Gdi 13/03/2004

 

Affaire Randrianirina Haja

L’Assemblée nationale s’en remet à la Justice

La grande explication, attendue hier, du président de l’Assemblée nationale, Jean Lahiniriko, lors de sa conférence de presse, était bien sûr de savoir si la procédure d’arrestation du député Hery Hajaniaina Randrianirina est régulière.

D’emblée, il indique que lorsqu’un député fait l’objet d’une poursuite judiciaire, la levée ou non de son immunité parlementaire est décidée par la séance plénière de l’Assemblée nationale lorsque celle-ci siège en session normale, mais pendant les intersessions, c’est le Bureau permanent qui en prend la décision. Pour le cas présent, l’arrestation est intervenue pendant l’intersession, mais Jean Lahiniriko précise que, dès lundi dernier, à la suite d’une demande expresse de l’intéressé, le Bureau de l’Assemblée a saisi le Ministère public ou le ministère de la Justice sur les faits reprochés au prévenu et surtout sur la qualification de la procédure engagée pour sa poursuite, conformément aux dispositions de l’article 69/2 de la Constitution. La réponse du ministère n’a pas tardé à venir, le jour même : « Le député Hery Hajaniaina Randrianirina a fait l’objet d’enquête pour association de malfaiteurs et contrefaçon de billets de banque et escroquerie, par la Brigade spéciale de la Gendarmerie nationale, suivant procès-verbal n°022/BS/ZN du 9 mars 2004, parvenu au Parquet le 10 mars 2004. Il a été arrêté en flagrant délit dans sa voiture, avec trois co-auteurs et complices. L’intéressé a été déféré au Parquet le 10 mars 2004 ». La correspondance a été signée par la ministre de la Justice, Lala Ratsiharovala.

Devant cette réponse du ministère, Jean Lahiniriko déclare que dans ces conditions, le Bureau de l’Assemblée ne peut plus intervenir, et qu’il faudra maintenant laisser travailler les juges et attendre la suite de toute la procédure. Il a toutefois fait remarquer, auparavant, qu’en pareille situation, l’Assemblée nationale s’adresse directement au Ministère public, sans avoir à consulter les services de la Gendarmerie.

Ainsi, l’immunité parlementaire de Haja Randrianirina est levée d’office, et il ne pourra pas compter sur le soutien de ses pairs de l’Assemblée nationale. Si sa culpabilité est prononcée, et donc sa condamnation, sa destitution sera d’office, et il appartiendra à la Haute Cour Constitutionnelle de prononcer la désignation de son remplaçant. Dans le cas contraire, il recouvrera tous ses droits et réintègrera sans problème son siège à l’Assemblée nationale.

En attendant, Jean Lahiniriko fait savoir qu’en période d’intersession, l’Assemblée nationale n’a pas le droit de décider de la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, même si l’affaire met en cause un de ses membres.

Recueillis par Miadana Andriamaro

Gdi 13/03/2004