Questions à ... Manandafy Rakotonirina, Président du MFM

• Votre présence, qui équivaut à un retour, à la réunion de la SPDUN suscite quelques interrogations…
- J’ai toujours soutenu que le rôle des parlementaires est de contrôler les actions du gouvernement et de légiférer. Cette idée n’est plus valable dès lors que les sénateurs et les députés revendiquent un gouvernement de transition en dehors du cadre institutionnel. La Solidarité parlementaire pour la défense de la démocratie et de l’unité nationale partage ce point de vue.

• Mais entre-temps, il y a eu la revendication de la transition et votre désaccord sur cette démarche.
- Ce sont les conséquences logiques de la Conférence nationale de l’opposition à laquelle nous n’avons pas participé. J’ai été mandaté pour discuter avec le Président de la République, tandis que la SPDUN a approché le CRN et le RFN. Il y avait une légère mésentente sur la reconnaissance ou non du Président de la République. Pour ce qui est du gouvernement de transition, la question portait surtout sur la manière de le mettre en place. Il appartient aux parlementaires d’y réfléchir en usant de leur pouvoir, si tant est qu’ils savent l’utiliser, mais surtout pas par des manifestations populaires. D’ailleurs, le mouvement n’a jamais été populaire car personne n’a suivi.

• La SPDUN souhaite explorer des pistes pour une alternance douce. Peut-on avoir une idée de ces pistes ?
- Il y a une nouvelle donne à Tsimbazaza. Le président de l’Assemblée nationale se dit, entre autres, favorable à un nouveau code électoral ou encore à l’amnistie. Il peut convaincre certains membres du Tim d’abonder dans ce sens. Ce sont des interlocuteurs pour la SPDUN. Il suffit de trouver les voix suffisantes pour obtenir la majorité.

• Vous allez donc revenir à la charge avec vos anciennes propositions de loi ?
- La loi sur la concurrence a déjà été adoptée. Les députés ont rempli leur mission. Il ne reste plus que les textes d’application. Pour ce qui est du code électoral, nous en avons déjà parlé avec le FFKM. Si davantage de discussions s’avèrent nécessaires, le MFM est prêt à le faire. Même le Tim n’est plus aussi catégorique sur la question. Pour ce qui est de la loi sur les partis politiques, le Tim n’a pas encore émis son opinion là-dessus. Je crois même qu’il est contre. Mais le Cnoe et le FFKM sont d’accord.

• Vous croyez donc qu’il y a des chances pour que votre démarche aboutisse.
- La situation a changé. Le Tim n’est plus aussi monolithique qu’auparavant. Il y a des débats en son sein. Il y a aussi des tentatives de rapprochement effectuées par la SPDUN. Lorsque des députés ont tenté de faire adopter une motion de censure, ils ont pu engranger 80 voix. Obtenir la majorité absolue n’est donc plus impossible.

• Les appréhensions émises par certains politiciens sur les éventuelles pratiques déloyales lors des élections sont-elles fondées?

- C’est pour cela qu’il est important que la SPDUN use de son pouvoir législatif. Mais si l’on s’arrête sur des conflits comme celui du 17 décembre, cela pourrait être vrai. Sur ce point, je ne cesse d’attirer l’attention sur notre entrée dans l’économie minière. Les multinationales ont l’habitude d’utiliser les politiciens. Si nous sommes incapables de régler nos différends, la situation actuelle risque de virer aux conflits internes.

• Que se passera-t-il si les tenants du régime restent intransigeants sur leur position ?
- Le régime risque de retomber dans le même piège que l’Amiral, s’il ne fait pas attention. En 2001, plusieurs entités ont demandé le changement du code électoral. Le FFKM a recouru à des experts et le projet a été proposé à l’Assemblée nationale, mais la majorité de l’époque l’avait bloqué. Depuis, tout le monde est convaincu que l’Arema va recourir aux fraudes lors des élections. Et il était plus facile d'en convaincre l’opinion publique. En refusant de procéder aux confrontations des P.V, l’accusation s’est de plus en plus accentuée. Actuellement, beaucoup de gens restent convaincus de la nécessité de changer le code actuel. Si le gouvernement persiste à l'utiliser, les suspicions s’installeront bien avant les élections et j'ignore ce qu'en seront les conséquences.

• Le conseiller du Président a-t-il déjà soufflé ses idées au chef de l’Etat ?
- Je suis en contact avec le président Ravalomanana. Il n’est pas contre ces changements. Il dit seulement attendre le moment opportun. Je rappelle que la démocratie est le règlement des conflits par la discussion. Dans le contexte actuel, personne ne peut nier l’existence des différends. Il faut toujours négocier. Mais il n’y a aucune discussion possible si des entités comme le CRN remettent en cause le pouvoir même du chef de l'Etat. Dans ce cas, elles ne disposeront même plus d’interlocuteurs.

• Un autre point de discorde concerne la date du scrutin présidentiel…
- Pour les présidentielles, il faut partir de la date du 6 mai si l’on se réfère aux avis des experts. Pour ce qui est des événements du 22 février, il faut remettre les choses dans leur contexte. Il faut voir dans le 22 février un contentieux électoral. Tout le monde était convaincu que Ravalomanana a gagné au premier tour. La question était de savoir comment y parvenir. Les événements du 22 février proviennent de la tension depuis la rencontre paritaire entre les deux camps au Hilton Madagascar. Les militaires qui gardaient Ravalomanana lui ont été retirés. C’est ce qui a conduit la population tananarivienne à vouloir le protéger contre toute poursuite ou arrestation. Finalement, il y a eu le 6 mai. Si on a arrêté ou tué Ratsiraka, cela aurait été un coup d’Etat. Dire que ce fut un coup d’Etat est excessif.

Propos recueillis par

Iloniaina A.