Encore bonjour,
Revoici Brice dont on lit avec intérêt l'intervention. Le bilan qu'il fait de ces
longues années ne manque pas d'intérêt (pour dire qu'il est remarquablement énoncé).
Pas de solutions ? Au moins libérons la parole. "(...) le fait même que nous
discutions de ce sujet implique une curiosité et la curiosité n'est-elle pas
insubordination sous sa forme la plus pure ?". La citation tirée du roman
"L'extermination des tyrans" est de Vladimir Nabokov que je préfère à
Machiavel. Lequel a fini petitement tandis que son champion César Borgia a connu la
déchéance.
Bonne lecture,
Mamy.
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Hello !
7 jours de réflexion et quelques illusions en moins. Mettons les choses au clair : le STA
est un organe technique, sans pouvoir de décision, chargé de préparer les dossiers de
négociation avec la communauté financière internationale. La décision finale revient
au gouvernement. Pour mémoire, je rappelle que les premiers programmes d'ajustement
structurel ont démarré en 1983, suite à la quasi-cessation de paiement de l'Etat
malgache en 1981.
Depuis on a beaucoup discuté hors et dans les sphères du pouvoir, on a voté une
demi-douzaine de fois, on a fait et refait des plans de développement, négocié sur et
sous la table, à Washington, Paris, en Libye, en Irak, au Liechtenstein etc. Sur le plan
institutionnel, nous en sommes à la 5ème Constitution, au 5ème président, au 15ème
gouvernement. D'innombrables partis, fronts, tranobe, clubs de réflexion (virtuels ou
non) ont fleuri.
Tout le monde s'y est mis, ceux qui portent l'uniforme, la soutane, le costume trois
pièces, le malabary, les experts venus d'ici et d'ailleurs parlant toutes sortes de
langues.
Que reste-t-il au bout de ce compte fastidieux ? Une dégénerescence de l'économie (de
35% en 1960 , le taux de pauvreté absolue est passé à 75% en 1998) sans guerre, sans
frontière menacée, sans ennemi connu dans un monde qui a fait trois mutations en 40 ans
(la décolonisation, l'effondrement du "socialisme réel", la mondialisation).
De toute évidence, quelque chose ne tourne pas rond ici. Le STA n'est pas le deus ex
machina qui va mettre en équation ce lourd passif pour en sortir une formule magique.
C'est une équipe légère, reliée à beaucoup d'autres bien-sûr, qui tente d'introduire
une rationalisation de la pensée économique dans la pratique politique. Car, c'est vrai,
le problème est d'abord politique.
L'Etat, comme l'a longuement exposé Fanantenandrainy, est fondamentalement un projet
politique. Cela suppose un engagement, donc une prise de risque. De cela, toutes les
interventions sur ce forum en conviennent. Le STA, créé par Ravony en 1995 a poursuivi
son travail contre vents et marées, pris entre le marteau de la finance internationale et
l'enclume des gouvernements successifs. Ne perdons pas de vue que l'Etat est objet et
sujet de la réforme: les réformateurs sont aussi des fonctionnaires. Pour que le pouvoir
soit "exercé de manière convenable à Madagascar" selon Jean, il faut prendre
le risque de s'impliquer dans un processus complexe et audacieux. J'entends par là non
pas gérer l'Etat sur le modèle privé, mais considérer le citoyen comme un client qui
paie des impôts et qui attend une prestation. Le noeud de la discorde réside dans le
couple rémunération-prestation. Demain 13 Mars, des fonctionnaires (combien ? on verra)
se mettront en grève pour un quintuplement des salaires ! Passons sur le côté
surréaliste de la revendication, l'essentiel est ailleurs : les agents de l'Etat n'ont
plus les moyens de travailler et même de vivre normalement parce que l'économie ne suit
pas. L'Etat, ce corps gisant, réclame un droit de vie, ce qui est juste, à une
population contribuable qui a le même droit. Comment sortir de l'impasse ? Voilà
le vrai sens de ma question "quelle solution".
Le ton général des interventions du forum suggère (c'est un euphémisme) de changer les
dirigeants. Pourquoi pas ? Il y a des élections pour ça. Les élections sont truquées ?
Il faut se battre sur le terrain au lieu d'attendre des "garanties".
Machiavel disait : "Le novateur se fait des ennemis de tous ceux à qui profitait
l'ordre ancien, et ne reçoit qu'un tiède soutien de ceux à qui profiterait le
nouveau".
A la prochaine.
Brice Lejamble.
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