Bonsoir,

Il m'a fallu bien de tergiversations et plusieurs allers-retours sur le site
de Paul, avant de me résoudre à rédiger ce qui suit. Je trouve éminemment
sympathique cette volonté de faire revivre ne serait-ce que fugacement  les
"belles années" de ce parti, qui correspondent grosso modo à sa jeunesse
folle ( Cf l'album et les photos enthousiastes qu'un flou persistant estompe
à peine : voile nostalgique ? ). Le temps de la maturité n'a visiblement pas
épargné le MFM : en ce sens il a mal vieilli. Manandafy a 61 ans et RaLynx
est grand-père.

Malgré les efforts méritoires des auteurs du site, il est très difficile de
se faire une idée précise de ce qu'a pu être ce parti, ses dirigeants voire
ses militants. Mais ce n'est peut-être pas le but (le rêve) poursuivi - qui
serait de conscientiser les chefs. Justement, mais qui sont-ils ? Comment
s'organisaient-ils ? D'où viennent-ils ?
On ne peut qu'édifier quelques
conjectures après lecture des informations glanées ici et là.

C'est ainsi qu'on imagine en Lekoto l'enfant taciturne et pensif, peut-être
même souffre-douleur de ces camarades dans cette école primaire d'Ambositra,
qui méditait déjà une sinueuse théorie pour confondre ses adversaires
petits-bourgeois en s'alliant aux robustes populos du coin. Déjà expert
précoce. Je vois la grand-mère à moins que ce ne soit la grand-tante, forte
personnalité de l'église, aux yeux perçants. Car contrairement à d'autres
personnalités politiques malgaches de premier plan, à Andriamanjato dont le
charisme est oral, à Ratsiraka qui alliait sa puissance oculaire très Gilbert
Bourdin de Mandarom à une verve certaine, chez Manandafy le charme réside
dans les yeux légèrement globuleux et surtout le nez qu'il porte aquilin, à
qui il doit assurément nombre de conquêtes féminines (on le présume) prenant
une penchant busqué avec l'âge. Bref, RaLynx assurait côté verbal, Lekoto
pour le nasal et le visuel.

Ainsi se tissent la légende des gourous - moins la grand-mère et l'enfance
qui sont pures fictions - "on nous demandait de sauter sans parachute" écrit
Jean Razafindambo "et nous sautions" ! Le MFM  efficace secte rouge tant que
la magie tournait car il y a toujours plus grand illusionniste que soi,
savoir Mr Ratsiraka en personne. Subjuguant le subjugueur, céesserisant
(CSR-isant) à tout va. Dix ans à la tête de la Commission Economique dudit
Conseil Suprême de la Révolution, de quoi faire virer libéral le plus
viscéral des marxistes anarchisants. Etait-ce à force de fréquenter les
karana ?


Loin de nous ici l'idée de prendre les militants mafana pour de faibles
esprits trompés par une intelligence supérieurement retorse
. Nous nous
inscrivons complètement à faux par rapport à l'"idéalisme des malgaches"
supposé par Philippe Rajaona et autres "ils ont voulu nous faire croire et
nous y avons cru" de Patricia Rajeriarison. Au contraire, nous pensons que
ces chefs représentent chez le commun des mortels le summum de
l'accomplissement individuel auquel ils peuvent prétendre (d'où l'aura 
actuelle des jeunes et riches entrepreurs).  Chez le militant AREMA cela
s'apparenterait à l'opportunisme le plus lucratif sous couvert de révolution,
chez le militant MFM à la conscience prolétarienne (?) la plus aigüe. Le
charme s'est rompu une fois l'adolescence passée (ou la maturité acquise, les
deux allant de pair) et la récompense matérielle repoussée à un avenir
lointain, autrement dit l'accés aux postes de responsabilité.

Comme tout parti politique qui ne parvient pas au Pouvoir dans les quinze
ans, le MFM est condamné à dépérir. Ce n'est pas faute d'adapter son discours
ou son look.

De quoi demain sera fait ? D'un inévitable "putsch générationnel"   à en
croire certains.  Et pourtant les luttes anti-impérialistes ou
anti-capitalistes auraient quand même de la gueule maintenant. La lutte des
petits pour un peu de dignité.
Sans choléra etc... Nous n'en sommes plus là
malheureusement, il faut militer "démocratico-économico-libérale" !

Mamy