Manandafy Rakotonirina

  Silence éloquent

Une semaine après l'arrestation du député d'Ikalamavony, Manandafy Rakotonirina se cantonne dans un mutisme total comme si de rien n'était. Curieusement, les ténors du MFM se taisent avec lui et ce sont les autres partis qui montent au créneau pour dénoncer le vaste montage qui vise à discréditer le clan Pety Rakotonirina. En pareille circonstance, le feu Razery entrait directement en collision avec le tenant du pouvoir. On se souvient de ses interventions musclées sur les ondes de différentes radios de la capitale quand son poulain était éjecté de son siège d'Andohanatady.

   D'abord, pour rafraîchir les esprits, il faut reconnaître que le parti MFM est fortement impliqué dans l'histoire de la mise en place de ce régime. Sans parler du "Vovonana" du 2 novembre 2001 d'Ilafy, on se rappelle que le 20 novembre 2001 dans la tentative de fermeture de la société Tiko à cause des fisc impayés, c'est Germain Rakotonirainy qui a appelé une manif pacifique à Tana tout en déclarant "qu'on ne traite pas ainsi et à quelques jours de l'ouverture de la campagne électorale, un adversaire candidat à la présidentielle".
    En pleine campagne électorale, quand le candidat Ravalomanana était fortement critiqué faute de programme véritable et que ses campagnes n'avaient comme ossatures que des slogans issus d'un syncrétisme politico-religieux, c'est toujours Manandafy Rakotonirina qui sauva la face pour provoquer l'enthousiasme du public : "On va faire émerger dans chaque Fivondronana des opérateurs à l'image de Ravalomanana". Cette phrase bien placée résume l'ensemble des souhaits des Malgaches engloutis dans les gouffres de la pauvreté. Mobilisateur, le MFM a provoqué le monstre mouvement baptisé "pour la défense du choix du peuple" quand le problème des fraudes électorales a été mis sur le tapis ; sans ignorer les initiatives diplomatiques gérées par Manandafy.
    Pour asseoir l'autorité du régime sur tout le territoire, il fallait démanteler les poches de résistance. Cette phase était périlleuse au risque d'éveiller des guerres ethniques. C'est encore le MFM, sous la houlette cette fois-ci de Pety Rakotoniaina qui donnait le ton à Fianarantsoa pour servir d'exemple pour les autres directions de conquête. Bref, le MFM a prouvé une fois encore qu'il est très fort aussi bien dans la théorie que dans la pratique.

 • Un silence qui gêne
    Malgré ces contributions énormes du parti MFM, ce parti est parmi les malmenés du pouvoir en place consciemment ou inconsciemment. La première explication est peut-être dans la phrase de Ravalomanana d'avant le scrutin du 16 décembre sur les ondes de la RNM. Il affirmait à l'époque "qu'il n'avait conclu aucun marché avec ces politiciens qui l'entourent", dont Manandafy Rakotonirina. Cette affirmation se vérifie petit à petit au fil des jours en particulier du côté de MFM et curieusement comme déjà en connaissance de causes, Manandafy se tait.
    Il y a d'abord cette expulsion brutale de Pety d'Andohanatady. L'opinion désemparée criait scandale et à l'ingratitude. Manandafy gardait un silence éloquent. Une seule phrase de Manandafy était entendue à l'époque : "Le président est responsable de sa décision politique, car le fait de limoger Pety est un acte politique".

 Quand beaucoup de candidats MFM lors des dernières législatives et communales sont montés au créneau pour dénoncer l'attitude incorrecte de l'administration et du parti TIM, Manandafy n'a pas émis des remarques. Manandafy n'a pas bronché. Tout dernièrement, le président du MFM n'a pas jugé non plus nécessaire de réagir spontanément sur l'affaire qui touche le député d'Ikalamavony. Comme si de rien n'était, alors qu'il disposait d'une certaine marge de manoeuvre tout en n'étant pas, politiquement parlant, réel membre de la mouvance présidentielle du "Firaisankinam-pirenena".
    Certes, son statut bicéphale de Conseiller spécial du président de la République et de président national du MFM le met dans une situation ambiguë, mais cela ne l'a pas empêché de faire une déclaration fracassante sur la corrélation des déblocages des fonds des bailleurs traditionnels et l'amnistie. Bref, quand il veut briser le silence, il le fait. Il est alors très difficile d'analyser le comportement d'un homme politique de la trempe de Manandafy Rakotonirina vis-à-vis d'une situation politique donnée. Il se positionne par rapport aux paramètres qui relèvent bien souvent du milieu nébuleux de la haute sphère politique nationale et internationale et des facteurs complexes des données socio-économiques.

• Le MFM, toujours égal à lui-même
    De ce fait, rien n'est pour lui fortuit. Son silence s'explique. Manandafy est toujours fidèle à son principe : respect de l'Etat de droit. C'est par un décret présidentiel que Pety Rakotoniaina et Rakotovazaha ont été démis de leur fonction. Manandafy n'avait rien à dire mais pour lui, le Président est devant sa responsabilité. L'affaire qui touche le député d'Ikalamavony, relève du domaine de la Justice. Son silence est considéré comme le "Keep Cool" à l'anglaise tout en analysant soigneusement tous les moindres détails qui entourent cette affaire.

Par ailleurs, le MFM fait une distinction nette entre affaire du parti et affaire de l'Etat : quelle que soit l'ampleur donnée au problème de limogeage de Pety dans le microcosme politique, le MFM n'a pas considéré cette affaire comme une contradiction flagrante entre le parti et l'Etat.
    Ce silence ne va pas tout de même jusqu'à la compromission. Quand le MFM sent qu'une décision d'un partenaire quelconque mène le pays directement à la dérive, il réagit.
    D'aucuns n'ignorent que le MFM était à l'origine du mouvement 91/92 mais il a refusé le sacrifice de la longue marche vers Iavoloha et s'est détaché du bloc. Les tueries du 10 août avaient donné raison à Manandafy.

Quand les tenants du pouvoir refusent de reconnaître que l'amnistie générale est l'une des conditionnalités pour ouvrir le robinet de tous les bailleurs de fonds, Manandafy a brisé le silence. Et quand il s'engage dans cette voie, il crée la panique. Tout d'un coup, la côte de popularité du MFM monte en spirale. Les opposants voient en Manandafy un mastodonte qui appuie leurs revendications de longue date et minimisées par le pouvoir. Les simples citoyens ressentent une véritable revitalisation du MFM et espèrent beaucoup de ce parti qui, malgré les vicissitudes de l'histoire, est très proche des "madinika", des "mpiasa tany", "mpikarama" ; en somme des exclus, des victimes de non-droits qu'ils soient cadres ou salariés. Car le droit des citoyens n'est pas seulement civil et politique mais surtout économique, social et culturel. Ces droits ne sont pas négociables pour le MFM car ils constituent une condition sine qua non pour un véritable développement.

Madagascar Tribune 18/03/04 - RAW