Ratsirahonana et Manandafy : Vrais-faux opposants


Il est peut-être temps pour deux poids lourds de la politique malgache de se prononcer : Norbert Ratsirahonana (AVI) et Manandafy Rakotonirina (MFM) sont-ils des soutiens du régime ou des opposants ? Leur position ambiguë brouille les cartes, jette la confusion sur l’échiquier et ne permet pas de percevoir avec précision les rapports de force entre le pouvoir et l’opposition.

A l’origine, les deux leaders furent de fervents soutiens de Marc Ravalomanana. Dès son entrée en lice à l’élection présidentielle, l’ex-maire de Tana-Ville bénéficia du soutien inconditionnel de Norbert Ratsirahonana et de Manandafy Rakotonirina. Le rôle de ces derniers, lors du scrutin comme pendant la crise, ne fut pas pour peu dans l’accession de Marc Ravalomanana à la magistrature suprême. Peu après, cependant, les deux chefs nuancèrent leur position, tenant même, par moments, un véritable langage d’opposant. Manandafy Rakotonirina estimait que les affaires de l’Etat « ne marchaient pas ». Norbert Ratsirahonana, lui, lors du scrutin communal, dénonçait les agissements frauduleux du TIM, ajoutant que le parti gouvernemental se comportait d’une manière pire encore que l’AREMA en son temps.

En fait, on eut l’impression d’avoir affaire à des engagements à fleuret moucheté avec le régime, les deux ténors ne poussant pas plus loin leur attaque. Les piques apparemment sont dosées de façon à ne pas toucher le point de non retour, et à ne pas provoquer une brouille définitive.
Il reste que Norbert Ratsirahonana et Manandafy Rakotonirina donnent l’impression de ménager le régime pour ne pas compromettre leurs positions dans la hiérarchie. Le premier avait été désigné ambassadeur itinérant de Marc Ravalomanana, tandis que le second en est le conseiller spécial. Ce sont des fonctions officielles juteuses auxquelles les deux présidents de parti tiennent, d’autant qu’elles procurent des privilèges et accordent des avantages substantiels.

Dans ces conditions, vis-à-vis du régime, l’un et l’autre ne se livrent qu’à un simulacre de combat. Ces derniers temps d’ailleurs et notamment dans l’actuelle conjoncture de vie chère et de grogne populaire, les deux personnalités fuient les interviews et font le mort, peut-être pour ne pas avoir à s’exprimer sur les points délicats de la gouvernance Ravalomanana.

Le double jeu de Norbert Ratsirahonana et de Manandafy Rakotonirina contribue au discrédit de la classe politique. Mais ni l’un ni l’autre ne tiennent à s’expliquer sur cette attitude équivoque. Pour ces deux grosses légumes, chacun doit s’occuper de ses… oignons.

Adelson RAZAFY

Gdi 071004