Olivier Rakotovazaha : " C'est impossible que le MFM côtoie le CRN et l'Arema"

Olivier Rakotovazaha , ancien ministre des Transports et de la Météorologie, donne des éclaircissements sur la position de son parti, le MFM, sur l'échiquier politique national. Il a également livré ses impressions sur les propos tenus par le Kmmr, les mouvements de contestation dirigés par le CRN. Notre invité du lundi qui fait partie actuellement du collège des conseillers du chief of staff, David Rajaona, a parlé aussi de l'amnistie générale, de la concertation nationale et du DSRP.
Interview.
Midi-Madagasikara : Vous étiez parmi un des fervents défenseurs du KMMR. Maintenant, on ne vous voit plus du côté de ce groupement de partis. A quoi est dû ce changement d’attitude ?
Olivier Rakotovazaha: Je suis parmi les premiers membres du Kmmr en 2001. J’assurais la coordination du Kmsb pendant la crise post-électorale en 2002 et je suis parmi les signataires de la mise en place du Kmmr nouvelle version.
A l’issue de la rencontre du Kmmr avec le Président de la République, deux points importants en ressortent :
Le Président de la République a déclaré qu’il respecte les stipulations de l’article 49 de la Constitution concernant ses fonctions comme « incompatibles avec toute activité au sein d’un parti politique ou d’une organisation ». Pour ce faire, le Président reste au-dessus des partis ou des groupements de partis comme le Kmmr en tant que Président de tous les Malgaches et se défend de favoriser le Parti « Tiako i Madagasikara ».
A mon avis, il est logique de supprimer les initiales « MR » du nom du Président dans les dénominations des organisations politiques comme le Kmmr. Leur remplacement par « Marina sy Rariny » ne suffit pas. D’ailleurs, le Président lui-même est d’accord. Le Président a invité le Kmmr à contribuer à l’élaboration du DSRP et à accepter les responsabilités, quelles qu’elles soient, que, lui-même, il compte confier aux membres du Kmmr. Le Kmmr a demandé au Président de la République de recevoir Messieurs Pety Rakotoniaina, Thierry Raveloson, Pierre Tsiranana, Voninahitsy Jean Eugène et Marson Evariste qui étaient absents lors de cette rencontre.
J’ai fait partie de l’équipe qui organisait l’atelier national sur le DSRP à Iavoloha avec le Chief of Staff et le Directeur du Cabinet Civil de la Présidence. Maintenant, je m’occupe du projet « Mise en compatibilité des bases de données pour la mise à jour des monographies régionales et mise en place d’un Système d’Information et d’Aide à la Décision au niveau national ». Cette responsabilité demande plus d’attention et d’abnégation pour pouvoir obtenir des résultats dans les plus brefs délais car il s’avère urgent d’avoir un Tableau de Bord de suivi-évaluation du DSRP au niveau de la Présidence.
Midi: On taxe le MFM de « misabaka ». Qu’en pensez-vous ?
O.R: C’est une insulte. Le Mfm, de par les résolutions du Vovonana, ne fait pas partie de l’opposition. Il faut un autre Vovonana pour décider autrement. C’est impossible que le Mfm côtoie le CRN et l’AREMA. Nous étions parmi ceux qui ont porté le président Ravalomanana au pouvoir.
Midi: On vous présente comme l’aile modérée du MFM. Qu’en est-il de vos relations avec le SG du Parti et avec Pety Rakotoniaina ?
O.R: C’est difficile de diviser le Mfm. Ses trente ans d’expérience politique y sont pour quelque chose. L’instance supérieure du Parti, « le Vovonana» a fixé les attributions de chacun : Manandafy Rakotonirina comme Président National, Germain Rakotonirainy comme Secrétaire Général, Pety Rakotoniaina membre du Comité Directeur et, moi-même, membre du Bureau Politique en tant que Secrétaire National Administratif. Nous ne faisons qu’assumer nos responsabilités. Le Mfm est un Parti libéral où la liberté d’expression et la démocratie sont de mise.
Midi: Comment voyez-vous les actions menées par le Kmmr ? Et des propos acerbes tenus par ces dirigeants ?
O.R: Les écarts de langage ne viennent pas seulement du Kmmr à l’instar de celui de déporter les opposants du régime aux Comores. Nous aussi, les Malgaches, nous devons nous connaître et accepter nos différences. C’est ce qu’on appelle « Unité dans la diversité ». Par exemple, certains mots ont des significations différentes dans les différentes régions du pays. Ils peuvent irriter les uns autant qu’ils ne provoquent que le sourire des autres. Nous sommes dans un pays démocratique où l’on respecte la liberté d’expression. D’ailleurs, le premier axe stratégique du DSRP le stipule. Que chacun contrôle ses propos. Même, le statut de l’opposition est prévu dans le DSRP.
Midi:On parle ces derniers temps de concertation nationale et d’amnistie générale. Votre opinion ?
O.R: En 2000-2001, le MFM a demandé la mise en place d’un gouvernement de transition et la tenue d’un débat national pour réviser la Constitution et le code électoral. Ratsiraka et l’Arema ont refusé. Maintenant, ils crient au scandale concernant la violation de certaines dispositions de la Constitution. La révision constitutionnelle taillée sur mesure qu’ils ont défendue ne prévoit aucune sanction à cette encontre. Qu’est-ce qu’ils peuvent faire, sinon pleurer du moins tenter l’impossible? L’article 113 de la Constitution est clair là-dessus. Quant à l’amnistie générale, elle relève du domaine de la loi. Nous avons deux institutions compétentes, l’Assemblée Nationale et le Sénat pour en décider. Le Peuple n’attend qu’une stabilité politique qui permettra aux investisseurs étrangers de venir pour appuyer le développement rapide et durable.
Midi: Et les mouvements de contestation dirigés par le CRN ?
O.R: Le rôle de l’opposition consiste à exploiter les décisions du pouvoir qui ne correspondent pas à ses aspirations. Nous devons préserver l’unité nationale. Le CRN n’est pas une menace à condition qu’on arrive à promouvoir des hommes d’affaires dans les différentes régions du pays à l’image du président de la République. D’ailleurs, c’est la raison qui a poussé le Mfm à soutenir le Président Ravalomanana lors des présidentielles.
Midi: Parlons économie. En tant que participant au DSRP, quel est votre point de vue là-dessus ?
O.R: Le DSRP est élaboré. Maintenant, il faut mettre en pratique les plans d’actions et « business plans » pour que le pays sorte rapidement de la pauvreté. La réalisation de premier axe stratégique constitue une condition nécessaire à l’affluence des investisseurs directs étrangers pour pouvoir assurer le développement rapide et durable et la promotion des nouveaux pôles régionaux. Nous devons faire en sorte que les hommes d’affaires malgaches arrivent à conquérir des marchés internationaux dans le cadre de l’AGOA, de la SADC , l’intégration régionale, etc.


Propos recueillis par Dominique Ramiandrisoa

 

Article écrit par Midi Madagascar le 12/05/2003