Exploitation pétrolière à Madagascar: Mise en garde des Britanniques

L’agence de presse onusienne est d’autant plus optimiste que les cours mondiaux favorisent l’exploitation pétrolière à Madagascar. Les estimations sur le court terme tablent sur « 100 dollars le baril, à cause des tensions géopolitiques, de la diminution des réserves mondiales et la hausse de la demande ». Le secrétaire général du ministère de l’Energie et des Mines, Hugues Rajaonson, estime nos réserves à 5 milliards de baril, mais l’IRIN demeure réservé en précisant que les réserves pétrolières malgaches sont  totalement inconnues. Il n’empêche, l’agence en question annonce une estimation de recettes annuelles d’un milliard de dollars dans les prochaines années.
Ce pactole risque toutefois de n’apporter que le chaos dans le pays. D’ailleurs, Manandafy Rakotonirina avait déjà tiré la sonnette d’alarme en évoquant les risques de guerre civile et/ou ethnique pour le contrôle  des ressources pétrolières. Confortant le point de vue du leader du MFM et jusqu’à présent conseiller spécial de Marc Ravalomanana, le réseau d’information onusien rapporte qu’un organisme international avertit que cette aubaine risque de compromettre la jeune démocratie de l’île.
 
Cet organisme est le Global Witness, une organisation non gouvernementale britannique qui enquête sur le rôle des ressources naturelles dans le financement du conflit et de la corruption dans le monde entier. Le porte-parole de cette ONG, Gavin Hayman, avertit notamment que les revenus pétroliers ne réduisent pas automatiquement la pauvreté.
 
Global Witness se réfère notamment au cas de l’Angola qui est le second producteur pétrolier africain après le Nigeria. «Le département britannique pour le développement international note que “bien que la hausse des revenus tirés du pétrole et du diamant ait boosté l’économie du pays, l’extrême pauvreté demeure une réalité quotidienne pour 68 % des Angolais”». On se souvient que la longue guerre qui a secoué ce pays au lendemain de son indépendance se résume essentiellement au contrôle de ses ressources minières. L’instabilité meurtrière de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) est également due à ses richesses diamantaires. La crise politique qui survient au Tchad fait par ailleurs suite à la découverte du pétrole dans ce pays. Et on ne parle plus des conflits interminables dans le delta du Niger où les rebelles nigérians réclament aussi leurs dus sur les ressources pétrolières.
 
Bref, les Britanniques souhaitent faire éviter les expériences africaines à Madagascar. En tout cas, les remarques du porte-parole de Global Witness, qui risquent d’affecter la susceptibilité de certains, doivent être interprétées ainsi. «Le président Marc Ravalomanana a pris une position publique forte contre la corruption, mais le problème demeure avec des membres du gouvernement. Notre crainte est que les revenus pétroliers soient facilement gaspillés à moins que la communauté internationale intervienne pour garantir la transparence et le compte-rendu desdits revenus », dit-il notamment.
 
L’appréhension de cette ONG sur la corruption en matière de pétrole est d’autant plus forte que d’après M. Hayman, « certaines des petites compagnies pétrolières qui se précipitent aujourd’hui pour avoir des concessions à Madagascar étaient “impliquées dans le passé dans des affaires de corruption en Afrique et en Asie” ». « De hauts fonctionnaires peuvent être tentés de conclure des contrats secrets qui ne bénéficieront jamais aux millions d’habitants pauvres », poursuit-il.
 
La solution, selon cette ONG, est que Madagascar adhère impérativement à l’Extractive Industries Transparency Initiative qui réunit à la fois producteurs pétroliers et consommateurs. Cette initiative, explique l’article, oblige le gouvernement, la société civile et les producteurs pétroliers à rendre publics les détails sur les contrats financiers, les droits d’exploration et le partage des bénéfices.
 
L’organisation britannique estime, en tout cas, qu’il est nécessaire d’accorder aux organisations de la société civile le droit de contrôler si les revenus de l’Etat, pétroliers notamment, sont effectivement dépensés pour le développement. « Madagascar doit mettre en place de telles mesures de contrôle avant de commencer sa production », ajoute l’organisation en émettant un ultime avertissement : « la promesse de milliards de pétrodollars pour un pays que la Banque mondiale classe parmi les pays les plus pauvres du monde, au 146ème rang sur 177, pourrait constituer une immense pression sur une démocratie fragile ».
 
En brossant, par ailleurs, la situation politique dans le pays, l’analyse du réseau d’information de l’ONU semble, en fait, révéler les véritables enjeux de la prochaine élection présidentielle : le contrôle des revenus pétroliers. Il est vrai que l’expansion prodigieuse du groupe Tiko durant ces dernières années, les dépenses extravagantes du gouvernement contrairement à la loi et toutes les projections de financement du pays, sont loin très loin des recettes escomptées sur le pétrole, mais aussi sur les autres ressources minières comme l’ilménite, le nickel, l’uranium et le diamant pour lesquelles les grands groupes internationaux investissent à Madagascar.
 
Bref, la mise en garde des Britanniques ne porte pas que sur le pétrole qui, sans des mesures de prévention et de sauvegarde, risque de devenir pour le pays un cauchemar noir.

Sa

Gdi 05-08-2006