Conjoncture socio-politique

Les points de vue de Manandafy

En dépit d’un consensus entre RFN, SPDUN et CRN, la tenue d’une conférence nationale demeure suspendue à la capacité des formations politiques à négocier avec le gouvernement et avec les bailleurs de fonds, et à convaincre l’opinion. Toujours est-il que le gouvernement est à bout de souffle, tandis que les bailleurs de fonds ne comprennent pas le fond des problèmes dont beaucoup sont davantage artificiels que réels. Les voies de sortie et les perspectives sont pourtant nombreuses si chacun prenait un peu de hauteur, déclare Manandafy Rakotonirina.

      Le président national du MFM porte un œil critique quant à la démarche adoptée jusqu’à présent pour faire aboutir une conférence nationale. Apparemment, à son avis, la conférence nationale pour la bonne gouvernance a peu de chance d’aboutir. Mise à part les projets de loi sur les partis et le statut de l'opposition, il n’y a rien qui soit réellement programmé quant à cette conférence nationale. Même le RFN tourne en rond nous fait-il comprendre. Le conseiller spécial du président Ravalomanana considère la résolution des assises nationales du RFN de la fin de l’année dernière, comme n’ayant aucune force de programme pouvant convaincre. En tout cas, il est sceptique car une conférence nationale nécessite des fonds, et ce n’est pas ce gouvernement Sylla qui a l’initiative des lois et qui a détourné l’idée d’amnistie exprimée à Antsiranana en décembre 2003 qui va allouer des fonds pour sa tenue. Quant aux bailleurs de fonds, ils ne mettront pas la main à la poche du moment que cette conférence n’a pas l’aval de l’Etat. Il faut aussi négocier avec le TIM qui a noyauté le projet d’amnistie politique. Et puis, ajoute-t-il, il faut enfin négocier et avoir l’aval non pas de Pierrot Rajaonarivelo mais de Didier Ratsiraka qui tient encore les rênes de l’AREMA. Sans compter les velléités et motivations de chacun, tels le Pasteur Edmond Razafimahefa qui, quelque part veut prendre sa revanche au même titre que le Révérend Père Rémi Ralibera qui veut un second tour. Tout cela, admet Manandafy, constitue des problèmes de rapports sociaux qui nuisent au pays, et que le gouvernement n’a pas réussi à dénouer car l’usure du pouvoir a envahi le Premier ministre à bout de course. Pour Manandafy, il n’y a que l’amnistie qui soit la plus appropriée.

    Ravalomanana a la confiance des bailleurs mais…

    Répondant à la question si ce n’était pas Marc Ravalomanana qui est à bout de souffle plutôt que Jacques Sylla, Manandafy Rakotonirina attire l’attention sur le caractère commerçant et homme d’affaires de Marc Ravalomanana. Considérant les préoccupations des bailleurs de fonds dont le principal souci est la lutte contre la corruption, le chef de l’Etat, explique notre interlocuteur, a réussi à obtenir des enveloppes en faveur de la Police nationale, de la police judiciaire et des pénitenciers. Les magistrats ont été les grands oubliés. Afin de rattraper cet "oubli", le projet de modernisation de la Justice a été élaboré mais le portefeuille alloué (3 millions USD) est insuffisant par rapport aux besoins de l’île. La preuve en est ce bras de fer du gouvernement avec le syndicat des magistrats.

   Manandafy Rakotonirina pense en effet qu’il est plus judicieux de moderniser la couverture judiciaire de Madagascar, car elle date des années 60. Les préoccupations de l’administration des périodes coloniales et post-coloniales sont autres que celles de ce régime qui veut un développement durable. D’autres zones rouges nécessitent une meilleure couverture administrative, policière et judiciaire. Dans cette perspective, Manandafy réitère qu’on érige des tribunaux de Première instance dans chaque district et des Cours d’Appel dans chaque chef lieu de région. Les ressources pour ce faire existent, et ont déjà été évoquées ces derniers jours, en l’occurrence l’usage des étudiants sortants de l’Institut d’études judiciaires qui sont près de 500 environ, et dont la formation professionnelle peut revenir aux magistrats en activité. Quant aux ressources financières, elles existent selon Manandafy, car le budget du programme bonne gouvernance auprès de la Présidence se chiffre à 50 millions USD, voire 100 millions USD.

    Faute de perspectives et de visibilités ?

    Par ailleurs, poursuit le libéral Manandafy Rakotonirina, étant donné que l’on s’achemine vers le développement capitaliste, les cabinets de conseils juridiques doivent encadrer ce cheminement comme cela se rencontre dans tous les pays neufs (Etats-Unis, Canada, Nouvelle Zélande, Australie). En fait, selon le président national du MFM, le problème réel actuel est de définir la bonne gouvernance judiciaire afin de lutter efficacement contre la corruption. En d’autres termes, les indemnités et autres sur lesquels sont fondés aujourd’hui la lutte des magistrats et des enseignants chercheurs sont des questions de détails. La mise en place de nouvelles institutions (CSLCC, BIANCO …) ne résout pas le problème de corruption et n’est pas suffisante. Quelque part, leur labeur peut même faire en sorte que l’on cherche dans les communes et dans les districts à étouffer les affaires au niveau local, entraînant alors la consolidation des réseaux mafieux et entretenant la corruption dans la société et l’administration entière. Ce que les bailleurs de fonds combattent et veulent que le régime combatte.

    Le passage à l'entreprise

    Donc, pour Manandafy Rakotonirina, le gouvernement et les magistrats sont au pied du mur. Les bailleurs de fonds ne savent non plus comment faire de même que le chef de l’Etat car l’argent existe certes mais ce sont les projets pour pouvoir l’utiliser à bon escient de manière judicieuse pour le développement capitaliste qui font défaut. Plaçant quelques mots relatifs aux enseignants chercheurs, Manandafy rappelle les propos d’une enseignante chercheur : "la lutte contre la corruption ne peut aboutir tant que le verdict du tribunal ou le jugement rendu demeure en français." Ce qui signifie pour Manandafy Rakotonirina qu’il faut que des agences privées, des cabinets de transcription ou de traduction des jugements dans la langue malgache, s’imposent sur le marché. Sans oser le dire, il fait comprendre qu’au lieu de pinailler sur des indemnités, les enseignants chercheurs feraient mieux de se pencher sur la manière de concrétiser des projets valorisant les résultats de leurs recherches, car c'est plus rémunérateur et générateur d'emplois et de revenus pour l'ensemble de la société. Bref, dans le contexte actuel, c’est sur le passage à l’entreprise que nos ressources humaines et nos ressources intellectuelles doivent se pencher sérieusement et rapidement au lieu de perdre du temps sur des questions de détails dont la mise en avant ne rapporte pas grand chose à la nation.

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Manandafy Rakotonirina

Le prix élevé du paddy est intéressant pour le riziculteur


      Par rapport au prix du paddy au producteur qui engendre une hausse du prix du riz blanc, Manandafy Rakotonirina trouve que c'est bénéfique pour le paysan riziculteur. Cela le pousse à devenir professionnel et à accroître sa production. A Soavina, dans le pays Betsileo, avoue-t-il, depuis quelques années, on fait désormais deux récoltes.

    Manandafy Rakotonirina est clair : les problèmes de développement rural et de riz reposent sur la capacité des paysans qui disposent d’une superficie de rizière de un hectare et plus. Aujourd’hui le prix de revient du paddy est de Ar.380 (1.900 Fmg) le kilo pour celui qui n'utilise que l'angady et qui est propriétaire d'une rizière de moins d'un hectare ; tandis que celui qui a un hectare et plus et qui dispose et utilise d'autres outils de production, il est de Ar. 200 (1.000 Fmg). Dès lors, seul celui qui sait investir parmi les propriétaires ou les usufruitiers de plus de un hectare peut devenir de petits entrepreneurs en riz ou dans le monde rural. Les autres, les petits propriétaires seront réduits à devenir une main d’œuvre agricole. Avec ces nouveaux gros propriétaires fonciers et gros riziculteurs ou collecteurs, les questions de production de riz et de passage de l'économie de subsistance peuvent être résolues rapidement. D'après Manandafy Rakotonirina, avec les crédits à risque ou du moins avec une nouvelle approche dans la microfinance on peut sortir facilement du cercle des "pénuries" de riz. Le Mfm trouve en effet que la politique poursuivie aujourd'hui par la microfinance qui est de lutter contre l'usure ne suffit plus car quelque part, elle limite le développement des opérateurs.

Madagascar Tribune 11/03/05