Questions à … Pety Rakotoniaina, Maire de la commune urbaine de Fianarantsoa


• Quelles sont actuellement vos relations avec le Président de la République ?
- (Sourire) Tous les deux, nous sommes des élus du peuple. Nous nous acquittons chacun de notre côté des tâches que ce peuple nous a confiées. Lui à la tête du pays, moi à la tête de ma commune. En tant que citoyen, je ne partage pas certains points de vue du gouvernement du Président de la République.
• Lesquels ?
- A mon sens, trois principales raisons constituent des obstacles au développement. Premièrement, les dirigeants ignorent les réalités du pays. Ils ne savent pas établir les priorités dans les actions à entreprendre. Je prends le cas du Sud de Madagascar. Comment voulez-vous que les gens produisent s’ils sont confrontés à l’insécurité ? Il faudrait d’abord que le pouvoir sécurise la région avant de prôner le développement rural. Deuxièmement, les gouvernants qui se succédent élaborent des lois en fonction de leurs intérêts particuliers et de ceux du parti majoritaire. Enfin, il semble que les dirigeants manquent de patriotisme.
• Les bailleurs de fonds pensent que le pays est sur la bonne voie de son développement.
- Ce ne sont pas les signatures d’accords de financement ici et là qui sont importantes. Il faut voir les réalités en face. Les Malgaches n’ont jamais été aussi pauvres qu’aujourd’hui.
• Vous n’êtes pas tendre envers le régime.
- Tout ce que je sais, c’est qu’actuellement, la population est déçue. J’ai contribué à la victoire du président Marc Ravalomanana. Je pense que cela me donne le droit de dire ce qui ne va pas. Mais cela ne veut pas dire que je ne m’entends pas avec lui. Je rappelle que je ne suis pas dans l’opposition. Il faut faire la part des choses.
• Etes-vous d’accord avec la conférence nationale ?
- Ce qui est sûr, c’est que le pays ne peut plus se permettre un autre affrontement. J’ai conduit Fianarantsoa durant les mouvements populaires de 1991 et de 2002 et je me suis rendu compte que les conflits politiques entraînent l’appauvrissement de la population. La conférence nationale ne doit pas aboutir à de pareils conflits. Elle doit être consacrée à l’élaboration de lois et de règlements qui permettront une alternance douce et transparente. Si ce projet privilégie cette approche, je n’ai rien à en redire. Mais si c’est pour arriver à des conflits, elle ne servira qu’à appauvrir davantage le peuple malgache qui se trouve déjà dans un profond dénuement.
• A votre avis, quelles questions devraient être posées à la conférence nationale ?
- La loi électorale est le principal thème dont il faut discuter. C’est ce qui permettra la mise en place d’une alternance douce au pouvoir. Il faudrait aussi qu’on voie les moyens de mettre en œuvre la politique de développement rural préconisé par le régime. Va-t-on provoquer la constitution de nouveaux paysans dotés d’engins et de bulldozers et dans ce cas, que va-t-on faire des paysans actuels? Ou va-t-on aider ces derniers, et comment concrétiser cette aide ? Il faut débattre de sujets de cette importance qui sont plus utiles pour le pays.
• La conférence nationale est-t-elle inévitable ?
- A mon sens, c’est l’intransigeance de l’Etat qui donne son importance à la conférence nationale. Le gouvernement n’arrive pas à expliquer à la population l'intérêt des décisions qu’il prend. Je prends l’exemple de la grève des magistrats. L’Exécutif devait justifier la différence de traitement entre les agents pénitenciers et de la police et les magistrats. Les gens finissent par se poser des
questions. Ils doivent se demander ce qui peut bien faire peur à l’Etat. Des questions qui donnent de l’importance à l’opposition. Moi, si j’étais au pouvoir, je participerais à cette conférence nationale.
• Le maire de Fianarantsoa compte-t-il participer à ce projet ?
- Je ne peux encore rien vous dire. Je n’ai encore reçu aucune invitation.
• Et si les organisateurs vous en envoient ?
- (sourires) Je verrai cela le moment venu.

Propos recueillis par
:

Iloniaina A.