Marc Ravalomanana à Manakara: Furieux contre le Mfm

Le président Marc Ravalomanana a poursuivi sa tournée dans les régions pour mieux cerner les réalités sur le terrain. Après avoir séjourné à Ranomafana, dans la nuit de mercredi dernier, le chef de l’Etat a fait cap hier sur Manakara, chef lieu de la région Vatovavy Fitovinany. Hier soir, il est parti à Vohipeno. Lors de sa rencontre avec la population manakaroise au stade municipal, hier dans l’après-midi, Marc Ravalomanana a eu des propos directs contre le maire de la ville, Martial Rakamisilahy. Le chef de l’Etat n’a pas caché publiquement son mécontentement envers ce dernier, puisque le maire ne l’a pas accueilli.

D’après lui, un tel geste est indigne, voire intolérable et reflète le favoritisme en politique politicienne. A en croire les locaux, le président Ravalomanana a pris hier, un coup de colère en rencontrant le maire de Manakara au stade. Après quelques minutes d’explications entre les deux personnalités, il a pris en main la présidence de la manifestation en refusant la prise de parole « du maire et des hommes politiques ». Seuls le nouveau chef de district, le chef de région Koto Bernard et le PDS du faritany Fidy Mpanjato Rakotonarivo ont eu droit à la parole.
Quand M. Ravalomanana est intervenu, il développa les idéaux du développement mettant du côté la politique politicienne, et va jusqu’à dénoncer que rien de concret n’a été effectué par le maire. Le maire préfère déployer de l’énergie pour la politique que la réhabilitation de Manakara, semble critiquer le chef de l’Etat. Marc Ravalomanana a même révélé avoir prévu quelque chose pour Manakara, mais devant cette attitude du maire, il oublie… Pire, il a ordonné sur le champ, aux directeur régional du Fid et représentant de l’Onn (ex-Secaline), de prendre en main le développement de Manakara. A la tribune, le maire Rakamisilahy Martial encaisse, tandis que les dirigeants et le Tim applaudissent et crient à la victoire.
Tels sont les faits, mais derrière cela se cache une signification politique. Le président Marc Ravalomanana a pris hier sa revanche contre son conseiller et non moins président du Mfm, Manandafy Rakotonirina. Ce dernier a annoncé l’autre vendredi de ne plus soutenir le président actuel (voir La Gazette de lundi dernier).
Les critiques du président de la République contre le maire de Manakara étaient peut-être trop, mais c’est la réponse du berger à la bergère. Certes, Marc Ravalomanana n’a pas destitué le maire de Manakara, mais quand il confie le développement de cette ville à d’autres organes, c’est un véritable coup bas contre le magistrat de la ville.
Mais n’est-ce pas là une usurpation de puissance publique ? Le fait qu’un maire ne puisse pas faire le déplacement pour accueillir le chef de l’Etat à l’entrée de la ville est-il un pêché ?  Ce n’est pas réellement Martial Rakamisilahy qui est visé, mais plutôt le Mfm dont il fait partie, pour ne pas dire Manandafy Rakotonirina, chef de ce parti.
Qu’on le veuille ou non, Rakamisilahy Martial a beaucoup contribué à la montée du régime actuel en 2002. Et Marc Ravalomanana en est certainement conscient.
C’est en effet à cause des agissements du député (de l’époque) Rakamisilahy Martial que la capitale avait bénéficié du ravitaillement en carburants lors de la crise post électorale. Les autres élus comme Paraina Auguste, Marson Evariste et Faharo ont travaillé de concert avec lui, mais ce fut Martial Rakamisilahy qui avait fait affront personnellement, sur le terrain aux partisans de l’amiral en ces temps. Martial Rakamisilahy a également réussi à restituer, en 2002, une bonne douzaine de voitures cachées par l’équipe de l’ancien gouverneur de Fianarantsoa dans le Sud-est, notamment à Vangaindrano et Farafangana.
Le pouvoir actuel est redevable de quelque 200 millions Fmg à M. Rakamisilahy, en raison de ces efforts, mais il n’a rien déboursé.
Disposant d’une certaine maturité, Martial Rakamisilahy s’est présenté à titre indépendant, mais non pas au nom du Mfm lors des municipales 2003. Bien que vainqueur de la joute lors de l’élection de novembre 2003, le tribunal électoral de Fianarantsoa a rejeté sa victoire. Mais Martial Rakamisilahy fut toujours sorti victorieux lors du deuxième tour du 25 avril 2004 contre Serge Chan Suyan (Tim).
Curieuse coïncidence qui intrigue les citoyens de la région c’est qu’un ancien gouverneur de la province autonome de Fianarantsoa, et non moins contre le mouvement de KMMR de l’époque, siège actuellement dans l’équipe de Jacques Sylla. Il s’agit d’Angelin Randrianarisoa, originaire de Karianga qui est ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.
C’est dire qu’en visant directement le maire de Manakara, le président Marc Ravalomanana s’en prend au Mfm. Attention porteurs d’étiquette Mafana, mieux vaut s’abstenir de croiser la route de Marc Ravalomanana.

James R.

Gdi 07-09-2006