Sans amnistie, pas de fonds? : Et si Manandafy avait raison !


Le président du MFM, Manandafy Rakotonirina, repart à la charge. Après avoir été vertement critiqué, il y a quelques mois, pour ses propos, selon lesquels les bailleurs de fonds n’ouvriraient totalement le robinet des crédits sans une amnistie, il monte, à nouveau, au front pour réitéré que Madagascar n’obtiendra pas le « point d’achèvement » sans un élargissement aux prisonniers politiques.

Et de préciser : «L’amnistie constitue un pas important aux yeux des bailleurs de fonds qui, sans aller jusqu’à l’exiger de vive voix, souhaitent un geste d’apaisement émanant de l’Etat». C’était à l’occasion d’un entretien qu’il a accordé à quelques journalistes, mardi au Hilton, lors du symposium sur la bonne gouvernance. Pour Manandafy Rakotonirina donc, l’amnistie est incontournable.


Et il n’est pas le seul à abonder dans ce sens. En fait, le président de l’Assemblée nationale, Jean Lahiniriko, toujours dans le cadre de ce symposium, interrogé sur ce même sujet, s’en est pris aux députés qui ont rejeté la proposition de loi sur l’amnistie, avancée par les sénateurs... D’après lui, une loi d’amnistie bien élaborée aurait eu le mérite de mettre toutes les chances de notre côté, en matière de financement extérieur.


Amnistie ou réconciliation nationale semblent revenir, en douce, à la pointe de l’actualité. D’ailleurs, pour des observateurs politiques, le fait que le représentant de la Banque mondiale à Madagascar, James Bond, ait annulé la conférence qu’il devait donner hier, est lourd de signification. Ce faux-bond, à la veille de l’éventuelle acceptation du dossier Madagascar, dans le cadre du «point d’achèvement», laisse, en tout cas, perplexe plus d’un.


La question qui se pose et qui gêne certainement les chefs de l’exécutif est celle-ci : «Et si Manandafy avait raison!». Une amnistie sélective, sinon partielle, mettrait-elle vraiment en péril l’actuel régime ? Il faudrait, quoi qu’il en soit, qu’on évacue cet épineux problème des prisonniers politiques, une bonne fois pour toutes.


Tantôt complaisant et tantôt provocateur envers le pouvoir, le patron du MFM se dit, en outre, favorable à la création d’un cabinet d’audit privé pour contrôler le budget de l’Etat et surtout les dépenses effectuées par l’exécutif comme le font les Canadiens et les Américains. Et de se demander s’il y aura une Cour des comptes ou Chambre des comptes au sein des tribunaux administratifs qui viennent d’être instaurés dans les six provinces. Ces dépenses hors budget, folles et irréfléchies, le préoccupent également.

Ces quelques remarques et constats devraient être examinés en haut lieu. En effet, si la Banque mondiale et le FMI entendaient ainsi conditionner leurs aides, un débat devrait se tenir au Parlement, afin de se pencher sur le sort des prisonniers politiques. Sans haine et sans passion.

T. R. et J. M.

Gdi 081004