Selon Manandafy Rakotonirina:Le risque d’un Etat-Tiko
Si le petit remaniement gouvernemental a mobilisé la classe politique, certains entendent cependant garder la tête froide, en réagissant avec modération, lucidité, sans passion. Vieux routier de la politique, Manandafy Rakotonirina, jadis chef d’orchestre de l’opposition, aujourd’hui proche, très proche du pouvoir, au point de figurer parmi les sherpas du président Ravalomanana, en fait partie.

Ayant eu, à maintes reprises depuis la fin de la
première République, l’occasion d’évoluer dans les hautes sphères du pouvoir, le patron du MFM a vendu ses idées à ceux qui allaient diriger le pays ( Ratsiraka, Zafy et maintenant Ravalomanana), mais jamais son âme. Actuellement, il maintient toujours, en tant que conseiller spécial du chef de l’Etat, une position médiane vis-à-vis de celui qu’il sert... Ne se privant pas, de temps à autre, d’émettre des critiques.
Hier, nous lui avons demandé ses impressions sur les derniers événements. L’homme, une bête politique, est, par réflexe, sur ses gardes ; sentant que c’est encore peut-être là un piège qu’on lui tend. Toutefois, rompu à ce genre d’exercice, Manandafy (on n’utilise souvent que son prénom) s’est exprimé sans fard, laissant transparaître qu’il est prêt à jouer le jeu.
Concernant donc certains points saillants de l’actualité, relatifs notamment à cette détaxation dont vient encore de bénéficier Tiko, à travers l’importation d’huile brute, Manandafy déclare : « C’est la conséquence de l’inexistence de la loi sur la concurrence. Une carence qui ouvre la porte à tous les excès. A la différence de l’ancien régime où, par exemple, Sophie Ratsiraka pouvait aisément accaparer les biens d’autrui, et aussi user de sa position afin d’obtenir, ici et là, des passe-droits, Tiko agit sur des bases légales. Cette société n’est ni fictive ni en effraction devant la loi. Par contre, dans ses trop nombreuses actions commerciales, qui commencent à prendre de l’ampleur, Tiko, profitant parfois de l’aide des pouvoirs publics dans certaines opérations, vu le statut de son fondateur, n’est plus à l’abri des critiques. Ce que beaucoup constatent en ce moment, c’est que Tiko et l’Etat ne font plus qu’un. Une confusion qui, un jour, peut porter préjudice à l’un ou à l’autre... ».
A propos du problème du riz, le président du MFM relève : « Il y eut maladresse quelque part ». « Quand ils ont fait augmenter le prix du paddy de 50%, pourquoi n’avoir pas accompagné ce mouvement par une hausse des salaires ? ». Manandafy, sans le dire ouvertement, fait sûrement allusion aux agissements de Magro qui, lors de ses collectes à Ambatondrazaka, Marovoay et ailleurs, faisait de la surenchère, d’où cette flambée du prix du riz.
Par ailleurs, concernant le limogeage de trois ministres, décidé mardi soir par Marc Ravalomanana, il abandonne cette fois la piste politique : « Leur départ du gouvernement est purement technique. Deux grands dossiers attendent d’être traités et finalisés. Deux importants chantiers qui demandent à être accélérés. D’abord, les télécommunications, par le biais de la mise en place de « Back Bone ». Le Président veut voir à la place de Mahazaka Clermont, quelqu’un qui soit à même de maîtriser ce projet. Ensuite, la mise à l’écart du ministre de l’Energie et des Mines, étant donné que la Jirama aura bientôt une nouvelle gestion, confiée à des Allemands, cela requiert la venue d’un technicien capable d’y faire face. M. Ravalomanana a trouvé, en la personne de Olivier Donat Andriamahefamparany, l’homme providentiel, d’autant plus que celui-ci a été formé en Allemagne ».
Au sujet de ce troisième changement à la tête du secrétariat d’Etat chargé de la Régionalisation, Manandafy estime que
« l’ancien titulaire n’a pas réussi à sortir le décret d’application afférent. Sans oublier ce problème non encore résolu avec les administrateurs civils. Faut-il rappeler que ce département manque cruellement de moyens financiers ? ».

Franck Raharison

Gdi 09/12/04