Bonsoir,

Voici la réaction du Leader Rajaona face au MFM : attendue parce que venant d'un fidèle de Rockfeller ! "Avoay Manandafy" : Lekoto traité de saurien ?
Non, il ne s'agit que d'une erreur typographique. La transcription correcte est bien sûr : "Avoahy Manandafy" c'est-à-dire "Libérez Manandafy", à quoi quelques farceurs répondaient "Tsy ato izy" - "Il n'habite pas ici" car les militants peignaient impudemment ce genre de graffiti sur les murs des maisons particulières.

C'est un réquisitoire qui vaut le détour, ne serait-ce que par son souci d'argumenter ses opinions. Merci Philippe.

Et à bientôt,
on n'a pas fini de liquider nos années 80,

    Mamy

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Salut à tous!

Très heureux de voir ce forum s'animer en ce début d'année, période des bonnes résolutions. Pour être franc, je me posais tout de même quelques questions car on ne peut pas dire que le peu de mois que j'ai passé avec le forum m'a permis de voir et de savoir.
Je suis également ravi de lire certaines signatures. Il est vrai que l'on m'a demandé de me presenter à mon arrivée mais j'avais espéré un retour pour mieux connaître les autres participants. 

Ceci dit, je reviens sur le site de Paul sur le MFM et je vais commencer par une anecdote: Comme Patricia, je fais partie de la génération sacrifiée de la "Révolution" de 75. Dans les années 72, on m'a indiqué que Manandafy est le chef des Jomaka et à chaque fois que, rentrant de l'école, on passait en voiture par Ambanidia, moi, petit écolier bien pensant, je regardais bien les gens qui débordaient sur la rue en me disant que tout ce "petit" monde avait comme chef (de bande?) Manandafy.

Manandafy que je n'ai jamais vu ni à la télé ni dans la presse, mais dont je voyais régulièrement le nom étalé sur les murs avec les fameux graffitis "Avoay Manandafy".

Aussi, j'ai bien apprécié d'apprendre des choses de l'époque sur ce fameux site.

Mes remarques:

- Le MFM a existé car dans chaque Malagasy se terre un gauchiste-anarchisant-collectiviste (attention, le Malagasy a une personnalité à plusieurs facettes et il a en même temps en lui un modèle conformiste-traditionnalisant-nationaliste, un modèle intello-libéralisant-individualiste, etc...). En fait, il s'agit plutôt   d'idéalisme que d'idéologie.

De gaulle a parlé d'une certaine idée de la France. Tous les Malagasy ont en commun une certaine idée de Madagascar, un Madagascar idéalisé.
C'est seulement chez nous qu'une promesse de paradis sur terre tienne la route. On est prédisposé pour cela. On a tendance à idéaliser à outrance tous nos projets. Insulaires comme nous sommes, nous sommes convaincus que ce qui va se passer chez nous sera identique à ce qui se passe dans nos chimères et que même si cela ne marche pas ailleurs, chez nous cela marchera. Car ailleurs, ils n'y ont pas cru vraiment, mais nous si !... et  d'emblée.

- Mai 68 s'est revelé être juste une crise de croissance de la société française, durant laquelle la jeunesse petite bourgeoise a ébranlé les dernieres chaînes de la bourgeoisie entrainant avec la libération sexuelle et la liberté d'expression les conditions mieux adaptées au véritable libéralisme, des nouveaux rapports sociaux éxigés par le capitalisme triomphant. Chez nous, le MFM voulait faire du mai 72 une occasion de faire éclater le capitalisme lui-même, le féodalisme et le néo-colonialisme en même temps. Une voie sans issue.

- Le MFM s'est attaqué au PSD et à la France en se reposant sur les "madinika". Du coup, son discours le barrait d'une entente avec la bougeoisie nationale et notamment merina (AKFM...), les églises (conservatrices) et la légitimation des zokiolona dans la structure des organisations villageoises. Cela réduisait d'autant ses assises. Or, s'attaquer au PSD et à la France supposait remettre en cause l'etablishment politique. L'Histoire démontre que, de Ratsiraka à Zafy en passant par Ratsimandrava, il fallait toujours composer avec les enfants du Padesm (Zafimahova, Ravony, Raveloson Mahasampo, Velonjara,...). En 72, le défi était beau mais le rapport de forces était clairement en défaveur du MFM malgré la verve, le dévouement et le militantisme de ses membres bien encadrés et bien conscientisés.
- Il est normal que les jeunes (intellectuels et quelques fois petits bourgeois, les marginaux, les revoltés...) aussi idéalistes que les autres Malagasy suivent le mouvement. Che Guevara est dans la place...
- Mais si l'ideal et les attitudes du MFM attiraient plutôt la sympathie, l'erreur historique que leurs dirigeants ont commise c'est pendant leur alliance avec Ratsiraka. Si être avec Ratsiraka en 75 était naturel pour le MFM (avec quelques concessions tout de même), dès 76, avec le début du dérapage économique (FNI de Rarivoson, Bemananjara et les transports maritimes...) et le verrouillage politique (AREMA, FNDR, Djoutché...), leur honneteté ne serait-ce qu'intellectuelle aurait dû les contraindre à un geste digne d'un révolutionnaire.
L'embourgeoisement (on pourra dire naturel) de ses dirigeants était entamé.
- Comme tous les autres partis ayant fait le choix de s'allier avec Ratsiraka au lieu de se distinguer par rapport à lui, (AKFM, MONIMA à l'époque, le LEADER et le FANAVAOZANA actuellement), le MFM s'est vu retrecir le chemin (illusoire) du pouvoir. Fin du rêve.
- Comme les autres gourous, consciences éclairantes de notre destinée nationale, les dirigeants du MFM ont fait le grand écart gauche-droite en ayant toujours raison. Début de la démagogie.

- Le MFM n'a plus d'avenir s'il se repose sur ses dirigeants historiques. Un putsch générationnel comme dirait Fanatenandrainy est nécessaire ici comme ailleurs.
- Ce que l'on peut retenir du MFM, c'est le slogan devenu socle puis carcan de notre façon de pensée: "Fanjakan'ny vahoaka madinika". Parce que c'est vahoaka (nombre), parce que c'est madinika (les gentils) donc ça devient légitime. Que d'erreurs, d'entraves ont été accumulées, que d'actions aberrantes ont été politiquement jusitifiées et effectuées parce slogan. De discours mobilisateur, il est devenu un frein au développement des rapports sociaux et au décollage économique. De lui découle grèves, descentes dans le rue, meetings populistes, sit-in, contestations injustifiées, refus des règles de base d'un état de droit, casses, démagogies...

Vivement que le mythe soit démystifié. Pour que l'on en vient au "Fanjakan'ny Vahoaka MANDINIKA".

Philippe RAJAONA
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