13 mai 1972 - 13 mai 2000
Benja RABEONY


Etouffoir social, culturel et économique, la première république s'était écroulée parce que ses dirigeants ne pouvaient entendre les désirs d'émancipation de la société malgache.  Repus de passe-droits et privilèges de la gérance étatique, les héritiers du pouvoir colonial ne pouvaient comprendre que l'immense majorité des malgaches après  des décennies, des siècles de dignité bafouée, de liberté expropriée et d'injustice instituée aspire aussi à un  mieux-être, à être maître de son destin. Et que le bénéfice de l'indépendance profite à tous Et que le simple désir de scolariser ses enfants ne soit pas un rêve inaccessible. Souvenons-nous du «sekoly miangatra » à l'origine de mai 72.

28 ans après, la société malgache se retrouve avec les mêmes frustrations et les mêmes interrogations. Les privilèges sont encore plus arrogants, les leviers de l'économie échappent aux opérateurs nationaux et la population constate que son destin collectif est moins que jamais entre ses mains. La déliquescence de l'Etat réduit au rôle  de vache à lait par la classe politique bloque toute aspiration au progrès et développement du pays. Mai 1972 apportait une réponse à une situation. Des réalités nouvelles se sont imposées avec les bouleversements du contexte politique et économique internationale. Que répondre à cette réalité à la fois changeante de l'environnement mais aussi permanente de sous-développement, de régression sociale, de concupiscence des dirigeants et  d'impuissance d'Etat ?  Mondialisation,  économie ouverte et concurrentielle sont des données incontournables des réflexions mais ne saurait être les précepteurs uniques des  actions
 politiques. Dans la plupart des pays qui l'ont adopté, l'économie de marché a fait ses preuves dans l'amélioration des conditions de vie des gens. La société malgache doit s'y engager résolument mais sans  crédulité. L'économie ouverte et mondialisée n'est pas seulement cette terre d'abondance que nous promettent leurs thuriféraires. Sans vigilance citoyenne, elle n'est que la loi du plus fort. Dans leurs contrées d'origine le capitalisme a besoin de contre-pouvoirs pour progresser. Sans le mouvement syndical, les entreprises seraient restées  à des modes de gestion paternalistes sinon autoritaires. L'expression organisée de consommateurs mécontents a obligé les entreprises à fabriquer des produits fiables et de qualité. Autant la concurrence, les  contre-pouvoirs ont amélioré le capitalisme. Il faut donner à la société malgache les moyens  d'affronter la libéralisation de l'économie. Les contre-pouvoirs démocratiques en sont un.   L'Etat doit favoriser leur émergence sans s'y substituer. Des citoyens vigilants supposent  des citoyens éduqués et ceci passe par la démocratisation de l'accès à un enseignement de qualité. Ce qui n'est pas la situation actuelle. Les privilégiés du système bénéficient des meilleures écoles occidentales, une minorité parviennent tant bien que mal à offrir à leurs progénitures une scolarisation honnête et le reste de la population désespère de l'école-instrument de promotion sociale. Le «sekoly miangatra » est plus qu'il y a vingt huit ans une réalité Sans l'égal accès au savoir, la démocratisation politique est un discours creux qui ne font qu'accentuer l'amertume et la déception des malgaches.  Seule la prise en compte des aspirations sociales et historiques de ce peuple permettrait  de profiter de la nécessaire ouverture  aux réalités  économiques

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