« ON N'EST PAS MFM, ON LE DEVIENT ». (Citation de Teddy, date inconnue)
Jean RAZAFINDAMBO - Ottawa, Ontario
Canada
Préambule
Je ne suis pas un allergique. Inconditionnel, je l'ai déjà été à ma façon. On
peut être un ex-MFM, mais comme l'esprit "Mafana" entre surtout dans le
cheminement individuel, on ne peut s'en débarrasser juste comme cela. Je n'ai pas
aimé et je n'aime toujours pas certains aspects du MFM en tant qu'organisation
"politique", mais je ne déteste
quoi que ce soit ou qui que ce soit. La vie étant trop courte pour perpétuer ce genre
d'humeur ou état d'âme. Par contre, je me souviendrai toujours, pour la petite histoire
et avec beaucoup d'humour d'ailleurs, de la "Niva" flambant neuve qui passait
sans me "remarquer" lors de la "campagne" de 1982 à laquelle je ne
voulais pas participer. C'était entre Antsohihy et Bealanana. J'étais à pied avec mon
sac sur le dos et mon appareil en bandoulière. Soudainement, je voyais la
"Niva" disparaître au loin devant moi, me laissant dans un gros nuage de
poussière qui avait mis quelques minutes à s'estomper. Puisque le cheminement à travers
l'esprit "Mafana" sur lequel j'élabore ci-dessous, constitue
les plus beaux souvenirs de mon apprentissage de la vie sans masque ni artifices à
Madagascar, il est évident que j'aimerai en savoir plus. Félicitations pour le
site. Cela prouve que le "rêve" vit encore...
Souvenirs. Souvenirs.
Personnellement, j'avais 16 ans en 1972. Comme tout jeune de cet âge en ce moment bien
précis de l'histoire de Madagascar, provenant d'une famille très modeste par dessus le
marché, mais ayant eu la chance d'évoluer par l'aptitude en rédaction lors de l'examen
de passage du CEPE et de la classe de sixième, malgré les « hic », les « couac » et
le désarroi que cela supposait, dans les cours du « Bahut », le seul, l'unique, je n'y
comprenais pas d'abord grand chose de l'évènement 1972.
Quoiqu'il en soit, en raison du « charisme » des meneurs du « Bahut » et les «
émotions » qu'ils/elles arrivaient à nous/m'instiller, j'étais comme beaucoup d'autres
dans l'évènement avant même de comprendre de quoi il en retournait exactement. Avec
plus de 27 ans de recul, l'image qui restera toujours dans ma tête de cet évènement,
c'est celle de beaucoup de jeunes « sans parachute » à qui on avait demandé de sauter
d'un avion à plus de 3000 mètres d'altitude. Ne l'avais-je pas dit à «Rafidy » au
mois d'août 1991 à Washington? Il n'en croyaient tout simplement pas ses oreilles, bien
entendu. Le comble, pour moi, avec 1972, c'est que nous avions tous et toutes sauté parce
que nous n'étions même pas conscients du danger, car danger, il y avait. Et qui nous
avait dit que danger il y avait?
Par conséquent, n'était-il pas normal après tout qu'une « organisation » naisse de
cet état euphorique proche de la folie collective pour les jeunes qui allaient sortir de
cet évènement avec une certaine compréhension des vrais «enjeux » sociaux et
politiques de Madagascar? Ainsi, je pense, est né le MFM pour essayer de canaliser vers
de chemins moins tortueux et tordus les énergies de toute cette catégorie de «soixante
douzards ». « Lynx » que j'ai rencontré pour la première fois et la dernière
fois aussi d'ailleurs, chez lui à Ambohitsaina, un beau soir de 1979 (?), le disait si
bien : . « pour en faire des adultes ».
L'organisation qui est née n'était et n'est toujours pas un parti politique dans le sens
conventionnel du terme, loin s'en faut! Pouvait-il en être autrement d'ailleurs? « Teddy
» le disait si bien : .« tu n'es pas MFM, tu le deviens ».
L'organisation, de toute évidence, n'est pas née pour chercher le pouvoir (quel qu'en
soit le prix à payer) comme le sont tant d'autres organisations à la même enseigne que
le MFM, partout ailleurs dans le monde. L'organisation n'est pas non plus née pour faire
de la politique dans le sens conventionnel de la démarche.
L'organisation est née pour revendiquer. L'organisation est née pour catalyser une
façon de penser, de voir, d'agir et de vivre la politique dans tout ce que cela suppose
de justice sociale, de défense des droits civiques fondamentaux et d'actualisation
perpétuelle de ces idées de base, d'après les énergies dont elle avait en son sein à
en revendre.
L'organisation a-t-elle réussi ce pari? Personnellement, je pense que la
« marchandise » a été livrée dans toute l'étendue du territoire national de
Madagascar. Si Madagascar, en tant que pays, dans son histoire politique
contemporaine, n'est pas allé dans le sens d'une guerre civile ou d'autres chemins du
même genre, je pense sincèrement que le MFM en tant qu'organisation y est pour beaucoup.
Et c'est peu dire, car aucune autre organisation n'a réussi à approcher la masse
populaire de Madagascar d'une manière aussi suivie que les « Mafana ». Toutes les
idées allant dans le sens du bien-être de la grande majorité, qui ont été catalysées
en son sein et que d'autres entités étrangères au MFM en ont fait les leurs sans
vraiment avoir saisi l'essence même des idées en question, est une victoire, une grande
en tout cas, de l'esprit « Mafana». L'idée de base n'était-elle pas de créer un
réseau jusque dans le Madagascar profond? Cela, le MFM l'a réussi mieux que d'autres
formations politiques.
Pour moi, c'est cet esprit « Mafana » que je préfère retenir car
d'abord il est basé sur une approche non violente et, ensuite, il part d'une synthèse
qui n'a jamais dévié, quel que soit l'autre aspect de l'organisation, de ses convictions
premières : . « la richesse principale d'un pays est, avant tout autre
dimension, sa population ».
L'autre aspect.
Et voici l'inévitable autre aspect du MFM. En tout cas, l'aspect que
je préfère, comme beaucoup d'autres, ne pas retenir ou plus précisément, l'aspect qui
m'est moins connu, mais que je le veuille ou non est une réalité.
L'organisation en tant que telle du MFM n'était et, je pense, n'est pas
encore articulée autour de mécanismes qu'un parti politique doit avoir. Une chose
normale, n'est ce pas, car de toute évidence le MFM n'a pas été conçu
comme un parti politique toujours dans le sens conventionnel du terme. Il n'y avait pas
(actuellement, je ne sais plus) de carte d'adhésion à l'esprit « Mafana, tu
n'es pas MFM, tu le deviens ». Et de fil en aiguille, je dois souligner qu'il y
avait, de 1975 à 1982 je dirai, beaucoup et alors là beaucoup trop de gens qui voulaient
devenir MFM. Le succès d'antan du journal « NDAO » est là
pour le prouver; et ce, malgré la mauvaise « gestion » qui aurait mis un terme
à ce formidable outil de communication de masse qu'était « NDAO ». Le
dynamisme de sa « branche communication » n'était pas à prouver.
L'organisation MFM comptait tout ce qu'il y avait de brillants et de
brillantes journalistes et communicateurs (histoire de faire un peu de
mégalomanie, mais cela n'en demeure pas mois une vérité pour autant).
L'atelier culturel et artistique virtuel des « Mafana » a sorti les meilleures
cuvées des créations artistiques et culturelles de la fin des années 70 et de toutes
les années 80 à Madagascar.
Les élections présidentielles allaient précipiter pas mal de démissions au niveau de
tout ce que le MFM avait de plus précieux : sa base. Il est utile de
souligner, car jamais dans l'histoire contemporaine de Madagascar une organisation n'a
connu un engouement franc et sincère tel que l'esprit « Mafana » a suscité. Le MFM,
en tant qu'organisation,
n'ambitionnait-il pas de bâtir un pays à la dimension des rêves de toutes les
composantes de sa population représentées, il va sans dire, en son sein? Didier
Ratsiraka lui-même fait partie de ceux et celles qui « empruntaient » et « empruntent
» toujours à tour de bras de l'esprit « Mafana ». Toutefois, sans
jamais l'avoir admis. Est-ce bien grave au fond? Pas si le MFM est resté
l'organisation catalysatrice qu'elle était au point de départ.
En dehors de l'esprit « Mafana », par contre, et cela se situe comme je
le disais plus haut en 1982, certains rêvaient de prendre le pouvoir (la pomme de
discorde). L'année 1982 se prêtait bien cependant à cette démarche car l'engouement
pour l'organisation était à son apogée. Le MFM faisait certes toujours
peur aux « grands salons » de Madagascar, mais son « charme » naturel prenait le
dessus dans bien des cas. Malheureusement, le choix de Manandafy et un
peu moins, j'imagine, de «Lynx » ainsi que de ceux et celles qui
chaviraient autour de ces deux icônes en 1982, de s'aligner du côté de
l'Amiral-président lors des élections présidentielles de 1982, bousculait les
fondements mêmes de l'esprit « Mafana ».
Qu'est-ce qui a poussé les deux icônes et leur entourage immédiat à imposer une telle
décision à la base? Voilà la raison profonde du mal qui n'a pas encore été clairement
diagnostiqué ou, pour ne pas impliquer les autres dans mon affirmation, ce que je
n'arrive pas encore à saisir.
Manandafy et le MFM avaient une chance certaine en 1982. En amont de la
décision imposée à la base, il y avait une autre décision plus grande celle-là : ne
plus se cantonner à être l'organisation catalysatrice, mais de se lancer dans l'arène
politique déjà fortement gangrenée de Madagascar à cette époque. À défaut d'avoir
cru à la cohésion dans ses propres rangs, issue de l'esprit « Mafana »
dont ils avaient mis tant d'efforts et de passions à bâtir, les fondateurs du MFM
ont-ils raté un grand rendez-vous avec l'histoire en 1982? Personnellement, je pense que
oui! Le « réseau » était virtuellement prêt et toutes les composantes
«intellectuelles » de l'esprit « Mafana » auraient pu mettre en place
les balises (les bonnes en tout cas) de la transformation du MFM en
organisation de révendication vers le rêve de presque tous ses adeptes : faire de la
politique autrement. Toujours est-il que la décision lors des élections présidentielles
de 1989 arrivait tout simplement sept ans plus tard ou trop tard. Beaucoup de ses adeptes
partout à Madagascar ont préféré demeurer avec l'esprit « Mafana » et rester tout
simplement indifférent face à une démarche purement politique qui ne se faisait plus
dans le pur style de l'esprit « Mafana » : celui de la spontanéité qui aurait pu être
structurée par toutes les sommes d'expertises en son sein à tous les niveaux et dans
tous les domaines, ne demandant en 1982 pas mieux que de servir la « cause ». Et ce, à
l'intérieur du réseau d'amitiés, qui s'est tissé autour de l'esprit « Mafana
» quel que soit les surprises et les dimensions encore inconnues auxquelles les «
Mafana» allaient inévitablement faire face. si tel était la route choisie par
ses instances dirigeantes avec la bénédiction de sa base. Les enjeux de 1982 en valaient
sûrement la peine. Malheureusement, tout allait se jouer autrement. Pourquoi? Voilà une
question à laquelle la réponse doit être trouvée. Si l'esprit « Mafana »
a jamais existé et s'il est encore vivant, les instances dirigeantes du MFM
devraient élargir le champ du jeu et en définir avec précision les règles. Cela
suppose d'abord avant tout autre chose faire confiance à ceux et celles que les
fondateurs du MFM ont mis tant de temps, d'efforts et de passions à
former. pour en faire des adultes.
Après 27 ans, cette confiance est là ou n'est pas là. Il n'y a pas trente six manières
de voir les choses.
Salut!
Sans rancune surtout!
Jean Razafindambo
Ottawa, Ontario
Canada
Pour en savoir plus sur l'auteur et ses articles
http://www.magma.ca/~raza