MADAGASCAR FORUM

Analyse de la situation politique à Madagascar, suite au Forum National du 22 au 31 mars 1992.

Madagascar, sous l’égide du Conseil National des Eglises (dont le sigle en malgache est F.F.K.M) assisté par le Gouvernement, a mené à terme le 31 Mars 1992 son Forum National avec comme résultat tangible un texte constitutionnel à soumettre à référendum. Notre association a participé à ces assises.

Le Référendum Constitutionnel, prévu pour le 19 août1992, mettra fin officiellement et définitivement au régime socialiste révolutionnaire de l'Amiral Didier Ratsiraka et à la République Démocratique de Madagascar, institués par ce même processus référendaire en décembre 1975. La réalisation de ce Forum National constitue donc un pas décisif dans l’établissement de la Troisième République Malgache.

En outre, les événements politiques de ces derniers temps militent en faveur du retrait du Président Ratsiraka des affaires publiques et démontrent l’impossibilité de son maintien au pouvoir, dans les conditions de sérénité requises pour la bonne marche du redressement de l’économie et pour la paix civile. On assiste en effet à une décomposition régulière des pouvoirs de M.Didier R.atsiraka depuis le 31 octobre 1991, date de la signature à l’Hôtel Panorama d’Antananarivo de la Convention entre les Eglises et toutes les mouvances politiques du pays. Cette Convention est l’aboutissement d’un long processus qui remonte en 1990; rappelons les faits:

En août et en décembre 1990, se sont tenues deux Concertations Nationales pour une nouvelle Constitution, à l’initiative des Eglises (FFKM), mais M. Ratsiraka a toujours répondu par le mépris à ces appels au dialogue.

- Le 14 juin 1991, de retour de Paris, face à l’ampleur du mouvement de contestation commencé le 1er Mai 1991, le Président déclara en utilisant une métaphore biblique:

"Vous pouvez faire 7 fois, 70 fois, voire 70 000 fois le tour des murs de Jéricho, je ne quitterai pas le pouvoir!"

Malgré tout, en juillet 1991, le Président Didier Ratsiraka a dû se résoudre à la dissolution du gouvernement du Colonel Victor Ramahatra et à la nomination, le 8 août, de M. Guy Razanamasy comme Premier Ministre avec pouvoirs de nommer et de révoquer ses ministres: des prérogatives non reconnues par la Constitution de 1975 à un Chef de Gouvernement. La Nation malgache prend ici acte du premier glissement constitutionnel de la République Démocratique de Madagascar.

- Le 10 août 1991, en faisant tirer sur la foule qui marchait vers son palais, M. Ratsiraka s’est mis au banc des accusés au regard de l’opinion aussi bien nationale qu’internationale.

Face à la grève générale qui perdure et devant la situation exceptionnelle, afin d'assurer la continuité de lEtat, la Convention dite du 31 octobre 1991 a institué un cadre légal au Pouvoir de Transition vers la Troisième République. Elle a suspendu l'Assemblée Nationale Populaire (ANP) et le Conseil Suprême de la Révolution (CSR), et a mis en place, à côté du gouvernement de M. Guy Razanamasy, de nouvelles institutions: le Comité de Redressement Economique et Social (CRES) et la Haute Autorité de l'Etat (HAE). M. Ratsiraka reste Président de la République avec des pouvoirs symboliques.

Les tenants du Pouvoir de Transition ont remplacé les hommes de l'ancien régime dans les rouages de l'administration. Au mois de février 1991, la suspension des élus et la dissolution des collectivités locales -fondement du système de M. Ratsiraka- leur remplacement par des "Délégations Spéciales" dans l'administration territoriale, sont une étape de plus dans le processus de changement qui l'amène à quitter le pouvoir.

Dans son discours du 29 mars 1992 (Quarantième cinquième anniversaire de l'insurrection nationaliste de 1947), M. Ratsiraka tente encore de résister au mouvement vers la Troisième République: il s'accroche au septennat, s'entête à rester au pouvoir; il conteste le gouvernement en s'opposant à la dissolution des collectivités locales et en soutenant un mouvement fédéraliste.

Mais rien de tout cela n'est retenu dans les résolutions finales du Forum National dont les participants sont des délégués issus des Forums régionaux, représentant plus les catégories sociales et professionnelles que les partis politiques.

Les tentatives de sabotage du Forum se sont soldées par un échec. Le 31 mars 1992, des partisans de M. Ratsiraka ont été blessés et tués par l'armée lors de leur attaque du camp où se tenait le Forum. Cet événement a permis aux chefs de l'Armée d'exprimer sa volonté d'être "gardienne de la légalité". La contestation ouverte du Pouvoir de Transition par seize officiers Ratsirakistes n'a abouti qu'à la marginalisation de ses acteurs sans entamer l'unité de l'armée.

Politiquement, le pouvoir de M. Ratsiraka est démantelé et face à l'opinion, ses seize ans de gouvernement sans partage l'ont discrédité. Devant ces faits, nous pensons que, pour la sérénité de la Transition, le débat engagé sur la mention ou non dans un texte de loi ( Code Electoral ou autres) de sa disqualification aux prochaines présidentielles, prévues pour le mois de Novembre 1992, est inutile. La grève politique contre le régime Ratsiraka que les Malgaches ont vécue pendant sept mois ne permet plus d'envisager son éventuel maintien au pouvoir dans le calme. En effet, on risque des troubles sociaux ou même une guerre civile, dont le prix a été épargné pendant tout ce mouvement de démocratisation, et le départ de M. Ratsiraka se fera dans la violence et le chaos à l'image de celui de l'éthiopien Menguistu ou celui du Somalien Siaad Barre.

M.Ratsiraka est un militaire de formation, aussi il doit avoir l'intelligence des rapports de forces; s'il veut bien les considérer, les conditions d'aujourd'hui lui permettent d'envisager un départ honorable. Est-ce que le peuple malgache aura droit à la vengeance aveugle d'un homme se sentant perdu ou à un sursaut de lucidité de sa part pour pouvoir lui pardonner ? Le peuple malgache s'en est montré capable: le Président Philibert Tsiranana a pu terminer sa vie paisiblement après avoir quitté le pouvoir lors du mouvement populaire de 1972.

L'aboutissement de l'actuel processus de démocratisation dépend nécessairement de la réussite du Référendum Constitutionnel du 19 août 1992 qui jetera les bases de la IIIème République Malgache. Avant tout, il faut donc réunir toutes les conditions favorables au bon déroulement de cette consultation populaire et à la victoire du OUI à la nouvelle Constitution. Remarquons que cette future Constitution instaurera un régime de type parlementaire où les pouvoirs du Président sont affaiblis.

A notre avis, c'est cette naissance de la IIIème République et la perspective d'élections libres à tous les niveaux qui permettront le vrai débat, celui en terme de programme, pour affronter le redressement économique et social du pays.

 

Andriamanivohasina RAKOTOMALALA

Président de MADAGASCAR FORUM

Correspondant du Parti M.F.M. (Militant pour le Progrès de Madagascar)

MADAGASCAR FORUM,

5 rue de Paris,

91 570 Bièvres

 

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